lu/lu

(lu sur le lu)

27 avril 2006

La couleur bienfaisante du rêve

La Ville Orange

Elisabeth Motsch

Actes Sud 2001, 141 pages

ISBN 2-7427-3055-9

Le titre et la couverture au disapason m'ont tout de suite convaincue que ce livre était l'un des miens. Et bien sûr, c'est une grande satisfaction à la fin du récit de savoir qu'on ne s'était pas trompée.

Dans cette biographie romancée Elisabeth Motsch nous parle de sa jeunesse dans les années soixante, de son enfance dans un milieu ouvrier parisien d'origine mi- lorraine mi -limousine, de son parcours scolaire chaotique d'adolescente révoltée jusqu'à l'entrée à l'Ecole Normale où "naissent des amitiés fondatrices (socialement, littérairement, politiquement, sentimentalement parlant) constitutives d’une personnalité" [1] et promesse d'un avenir meilleur. Et puis bien sûr, et surtout, elle dit Jérôme, ce moine dominicain du couvent de l'Arbresle dans le Rhône, Jérôme de dix ans plus âgé qu'elle, Jérôme qui ouvre  "à la jeune fille les portes de la beauté, de la cohérence et de la réconciliation avec les autres".[2] Ensemble, ils vont vivre un amour platonique qui aurait voulu être plus que ça mais qui, la faute au temps qui passe, se desséchera pour finir par se flétrir irrémédiablement.

Voilà c'est tout. Le livre aurait pu s'intituler, "Mémoires d'une jeune fille rangée", il en a certaines tonalités. Comme l'explique Evelyne Bloch-Dano dans Le Magazine Littéraire, ceci est un  "Roman d’apprentissage, [La Ville Orange est] un récit marqué par l’appartenance de son auteur à une génération". A cette époque, " Les héros de la nation sont De Gaulle et Brigitte Bardot. Rimbaud, le jazz, la guerre du Vietnam sont encore des terrains de découverte qui demandent une initiation."[2]

Pour maintes raisons, ce livre m'a émue, d'abord parce que l'action se déroule en partie dans un lieu que non seulement je connais bien et qui m'est passionnément cher  mais aussi parce que, à quelques années près le parcours d'Elisabeth Motsch ressemble à celui de beaucoup d'entre nous ; Anne Van Hove l'a bien compris qui écrit dans Urbanpass.com : "Cette voix appartient à la génération de nos mères. On comprend alors mieux la suite... " Et la suite c'est bien sûr, "la perte de [ses] belles utopies." [4]

Aucun doute que le résumé ci-dessus suffirait à faire fuir qui supporte mal cette tendance d'une génération à cultiver la nostalgie du bon vieux temps qui est parti et ne reviendra pas. Ce serait mal juger Elisabeth Mosch qui en romancière habile a su éviter cet écueil pour retranscrire une époque sans s'apesantir inutilement : "l’auteur s’y entend à déjouer les pièges du livre de souvenirs, en prenant le parti d’une sincérité distanciée. (...) Ni chronique remorquée à l’Histoire, ni confession complaisamment autocentrée, mais quelque part dans cet entre-deux, la narration progresse par juxtaposition de courts instantanés, qui finissent par tisser un réseau subtil et cohérent de récurrences."[3]

Et le vrai tour de force c'est que cette distance n'empêche pas l'auteure de faire appel à une écriture pudique, intimiste, sensible qui effleure, sait se faire toute discrète aux moments de grande émotion, ne s'impose pas,  est toute de touches légères et fortes à la fois. Elle "sonne juste" dit Emmanuelle Deschamps dans les Inrockuptibles. C'est vrai. Elisabeth Motsch possède l'art et la manière.

Et la ville orange dans tout ça, me direz-vous ? Bien sûr, "Orange est la couleur que prend le ciel entre deux jours, celle des souvenirs entre l’âge tendre et l’âge adulte "{4] mais aussi "Orange, donc, la couleur bienfaisante du rêve, des rêves faits pour montrer mais aussi pour perdre"[1] ; heureusement parce que tout est loin d'être drôle entre ce quartier triste des Batignolles et les  "verts de Pompadour dans le Limousin, [du] blanc cassé du couvent de l’Arbresle, près de Lyon" [1]. Eh oui,  La ville orange, c'est aussi ces références entrecroisées à la poésie, en particulier à celle d'Arthur Rimbaud, le poète maudit et révéré.

Alors Elisabeth Motsch ? Une superbe découverte à cultiver dont La ville orange n'est, j'en suis sûre, que le début d'un parcours semé de grands plaisirs de lecture émouvante.

Critiques citées :

http://www.elisabethmotsch.ouvaton.org/ville_orange.htm

[1] l'Humanité

[2] Le Magazine Littéraire

[3] Les Inrockuptibles

[4] Urbanpass.com

Le site consacré à Elisabeth Motsch :

http://www.elisabethmotsch.ouvaton.org/

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24 avril 2006

Oublier pour mieux se retrouver

Petits crimes conjugaux

Eric-Emmanuel Schmitt

Albin Michel, 2003

ISBN 2-226-14158-8

118 pages

Pièce créée au Théâtre Édouard-VII, Paris, 12 septembre 2003.
M.e.s. : Bernard Murat. Décors : Nicolas Sire. Avec : Bernard Giraudeau, Charlotte Rampling.
Traductions en cours.

De Eric-Emmanuel Schmitt on connaît les romans, les plus célèbres étant sûrement Oscar et la dame rose et Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran . Avec Petits crimes conjugaux, on découvre un autre aspect de son travail, c'est-à-dire le théâtre.

La pièce débute lorsque Lisa ramène Gilles de l'hôpital chez eux. Gilles est amnésique à la suite d' un récent accident, Lisa l'aide à se remémorer son passé, leur passé de couple heureux, de couple parfait. Il devient cependant rapidement évident que la mémoire de Gilles est on ne peut plus sélective et que Lisa tire les ficelles d'un gros mensonge ; à moins qu'elle ne soit elle-même la marionnette dont Gilles s'amuse à tirer les ficelles ?

A travers cette pièce, E-E Schmitt se livre avec un mélange de cynisme et de tendresse à une étude fine et sans concession du couple, ce que l'auteur définit dans ses commentaires de la pièce comme le "voyage le plus risqué, le plus dangereux qu’on puisse faire en amour" ; il en analyse les petitesses et les grandeurs, ce qui le fait durer et s'user, et justifie son choix de l'amnésie comme "un moyen d’investigation puis, ultimement, la métaphore des époux." Amnésie de Gilles qui avait oublié au cours de ses 15 années de vie commune avec Lisa de la regarder, de lui dire qu'il l'aimait alors que, dit l'auteur, Lisa  "pratiquait l’amnésie volontaire de ses frustrations, de ses doutes et de ses craintes ;"

On pourrait bien sûr se demander pourquoi Schmitt a choisi de traiter le sujet bien plat de l'amour conjugal, ce n'est pas la norme, l'auteur pense même qu' "il semblerait que le théâtre n’accepte  les amants que débutants ou retraités, se bornant à présenter la naissance et le coma de l’amour, jamais sa vie même." Oui mais voilà, M. Schmitt est un petit curieux, il s'interroge et essaie dans son commentaire d'apporter des réponses à des questions aussi fondamentales que : "L’amour survit-il à la rencontre ? Respire-t-il encore dès lors qu’il n’est plus contrarié ? Qu’advient-il à Roméo et Juliette dès lors qu’ils se marient ?" ; et son travail de réflexion l'amène à établir le postulat d'après lequel "Les arrangements et compromissions  que nécessite l’existence à deux ouvrent un champ de défaites et de deuils" ; autrement dit et, contrairement à une aventure banale, la vie de couple signifie, conclut-il "l'absence d'illusions et la souffrance". Pas rassurant tout ça, me direz-vous. Mais qu'on se garde de tirer des conclusions hâtives, E-E Schmitt souligne que la " pièce affirme néanmoins un réel optimisme : l’amour peut durer." Et de démontrer que la façon de le faire durer c'est de communiquer, d'échanger, voilà ce qui permet au couple de survivre :   "A travers des paroles, des ruses, voire des coups, les deux protagonistes recommencent à échanger… donc à se soigner." Les conséquences que l'accident de Gilles aura sur le couple qu'il forme avec Lisa illustrent parfaitement cette opinion quelque peu discutable. Voyez plutôt. Lisa et Gilles avaient cessé de se parler, cet incident de parcours aura le mérite inattendu de les faire se reparler, se redécouvrir et de connaître de nouveau, l'auteur en est certain , ce "profond irrationalisme amoureux, nécessaire, incontournable.", ce "mystère" que doit partager le couple. 

A  la lumière des lignes précédentes il semble désormais bien qu'il serait erroné et réducteur de ne voir dans cette pièce, comme je l'ai lu à plusieurs reprises, et notamment sur La Moisson des Auteurs, qu' "une comédie noire pleine de surprises où le marivaudage alterne avec la guerre totale.", il y a là tout un travail complexe sur la dynamique du couple et sur chacun des deux éléments qui le composent, un travail dont E-E Scmitt explique qu'il "fouille la complexité de nos êtres plutôt qu’elle ne la simplifie" et nous amène avec l'auteur à nous demander en refermant le livre : "et si l’amour commençait une fois qu’on n’est plus amoureux ?"

Critiques :

http://www.eric-emmanuel-schmitt.com/fr/work_details.php?oeit_id=14&oecat_id=1&section_id=2&table=comments

http://entractes.sacd.fr/oeuvre_edite2.php?idoeuvre=389&l=ma

Autres critiques :

http://www.eric-emmanuel-schmitt.com/fr/work_reviews.php?oeit_id=14&oecat_id=1&section_id=3&table=critics

http://www.jowebzine.com/TEMPLATES/SPECTACLE/conjugaux-98.php

http://entractes.sacd.fr/oeuvre_edite2.php?idoeuvre=389&l=ma

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22 avril 2006

Ceci n'est pas une critique

Auprès de moi toujours

Kazuo Ishiguro

Titre original : Never let me go (2005)

Traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch

Editions des Deux Terres, mars 2006, 441 pages

ISBN : 2-84893-019-5

« Parce que la vie (pleine à craquer de la fierté de sa présence "ici et maintenant", mais en fin de compte si incertaine, si parfaitement irréelle !) se précipite immanquablement dans les deux ou trois douzaines de moules à cake qui constituent la réalité… »

Robert Musil

Il y a des livres dont la critique pourrait bien être impossible. Plusieurs raisons à cela : la révérence qu’on éprouve devant une œuvre qui, pour une raison ou l’autre, rend toute critique vaine, ou même inconcevable. Ensuite, la règle tacite selon laquelle il ne faut pas dévoiler le ressort intime de l’ouvrage critiqué.

C’est précisément cet obstacle-là qui se dresse devant qui veut écrire au sujet d’Auprès de moi toujours, le sixième roman de Kazuo Ishiguro. Comme le dit Caroline Moore dans le Telegraph, « it is difficult to describe without giving away the plot ». L’écueil, toutefois, n’a pas toujours été évité ; on le comprendra, ces critiques qui ont commis le crime de raconter l’histoire sont elles aussi impossibles, mais à citer.

Parmi les « possibles », celle de Michael Harris (Books in Canada) décrit exactement ce qui se passe avec ce livre : « As in all his novels, here we are abandoned in a strange world, a strange mind, and must hack our way back to ourselves ». Parce qu’évidemment, si on se met à réfléchir à ce qu’on fera dans dix ou vingt ans (qu’en sera-t-il de ce fameux voyage à Dartmoor, Tommy sera-t-il en couple avec Ruth ou avec Kath, ce genre de choses, et le pensionnat de Hailsham existera-t-il encore ?), ça paraît absurde d’avoir pour ambition de retrouver la cassette volée dans un dortoir de Hailsham des années auparavant. Et plus absurde encore de vouloir retrouver cette cassette-là, c’est-à-dire « la vraie », la même, quand on imagine combien d’exemplaires d’une même bande peuvent être mis en vente en même temps, combien de livres on tire à partir d’un seul jeu d’épreuves, et comme on peut fabriquer autant de répliques qu’on veut à partir d’un même modèle…

Kathy H., la narratrice d’Auprès de moi toujours, le sait bien, elle qui aime regarder dans les vitrines les lampes de bureau « avec ce long pied strié qu’on peut recourber comme on veut », pas pour les acheter, non, « juste pour [les] comparer » avec celles qu’elle a déjà chez elle, et qui se demande si Madame, des années après, porte le même tailleur gris qu’à Hailsham ou si c’en est un autre…

Mais la force d’Ishiguro est justement, comme le dit Harris, de nous faire plonger au fond de ce que nous sommes réellement, au mépris des détours de la complaisance. Lire ses livres, c’est accepter de se perdre jusque dans ses rêves, et se laisser posséder par ses histoires pour comprendre dans sa chair que oui, même si on est libre de sa vie, le plus important ce sont bien ces cassettes perdues et retrouvées, semblables aux autres mais uniques, avec ce soleil qui pénètre à grands faisceaux dans le dortoir « parce que les rideaux de [la] chambre n’avaient pas été tirés correctement », « et toute la poussière dans l’air »…

Qui que l’on soit dans le « vaste monde » (une expression récurrente, chez lui), lire Ishiguro c’est comme faire l’expérience par Kathy du regard de Madame : « vous entrevoir dans un miroir devant lequel vous passez chaque jour de votre vie, et soudain il vous renvoie autre chose, une image troublante et étrange ». Après ça, qu’on soit d’Hailsham ou d’ailleurs, c’est « à chacun de nous de faire de nos vies ce que nous [pouvons] ». Déjà, dans Les Vestiges du jour (1989), le plus important était d’avoir « la dignité conforme à la place qu’on occupe ». Et comme le dit Christopher Banks dans Quand nous étions orphelins (2000), « notre destin, à nous et à nos semblables, est d’affronter le monde comme les orphelins que nous sommes, pourchassant au fil de longues années les ombres de parents évanouis. A cela, il n’est d’autre remède qu’essayer de mener nos missions à leur fin, du mieux que nous le pouvons, car aussi longtemps que nous n’y sommes pas parvenus, la quiétude nous est refusée ».

Kathy H. à son tour ne prétend pas autre chose, en terminant son récit par ces mots : « J’attendis juste un moment, puis je retournai à la voiture, pour repartir là où j’étais censée me trouver ».

Pour Kathy cependant, la question se pose, de manière plus évidente peut-être que pour les autres héros cités, de la réalisation effective de son destin… Comme l’analyse très finement Alan Taylor dans le Sunday Herald, il se pourrait en effet qu’elle ne remplisse pas la mission qui lui a été assignée.

Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? On nous a appris qu’une de ses définitions la distinguait de l’objet manufacturé. Auprès de moi toujours apporte en soi une réponse à cette question, c’est-à-dire un exemple. Le livre qu’on tient dans les mains – un de ceux qui circulent par milliers dans le vaste monde – est de ceux qu’on ne veut pas laisser. Le titre original le dit bien, du reste : Never let me go. Il l’implore, même… Ce livre, il est la preuve que, si on en doutait encore, même les objets ont une âme.

C’est doublement que d’Auprès de moi toujours la critique est impossible. Parce que cette œuvre relève aussi de cette part d’inexprimable « qui se montre », « qui est l’élément mystique » : « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. »

(Wittgenstein)

C.Q.F.D.

Critiques citées :

http://www.telegraph.co.uk/arts/main.jhtml?xml=/arts/2005/03/06/boish06.xml&sSheet=/arts/2005/03/06/bomain.html

http://www.amazon.ca/exec/obidos/ASIN/0676977103/ref%3Dnosim/completerev0d-20/701-4951805-7194729

http://www.sundayherald.com/47814

Autres critiques :

http://www.lire.fr/portrait.asp/idC=49731/idTC=5/idR=201/idG=

http://livres.telerama.fr/edito.asp?art_airs=M0603271149126&srub=2#

http://books.guardian.co.uk/reviews/generalfiction/0,6121,1425209,00.html

http://www.newstatesman.com/Bookshop/300000094934

http://www.timesonline.co.uk/article/0,,2102-1485652,00.html

http://www.newyorker.com/critics/books/articles/050328crbo_books1

http://www.stltoday.com/stltoday/entertainment/reviews.nsf/book/story/644808753E65070A86256FDD0072C81E?OpenDocument

http://query.nytimes.com/gst/fullpage.html?res=9503EEDD1E3FF937A35757C0A9639C8B63

http://trashotron.com/agony/reviews/2004/ishiguro-never_let_me_go.htm 

http://trashotron.com/agony/reviews/2005/ishiguro-never_let_me_go_us.htm

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Politique politique.

Politique
Adam Thirlwell
Traduit de l'anglais par Marc Cholodenko
Éditions de l'Olivier
313 pages. ISBN:
2879294037

Le danger du comique de répétition, c'est de nous mettre dans une galère voguant sur un océan sans fin et sans sel de vagues monotones et clonées, où on retombe mal et plutôt à plat après chaque offensive. Cet art difficile sur scène l'est sans doute encore plus sur page, quand nul secours n'est à attendre d'une voix rocailleuse aux accents méridionaux, et quand, surtout, la farce romanesque n'est pas ce qui pourrait paraître de plus évident en ce début de XXI ème siècle. Mais voilà, il y a toujours moyen d'innover et d'introduire de la variation dans la répétition, rendre ce processus sans fin jusqu'à suggérer que ce qui se produit dans l'infiniment petit (l'amour) se répète avec l'infiniment grand (la politique).

 C'est à la page 160 de son roman Politique (éd. de l'Olivier, que j'utilise, mais a aussi été publié en poche, chez Points) qu'Adam Thirlwell trahit sa technique: "Moshe aimait bien l'idée de jouer Slobodan Milošević. Slobodan était un râleur. Il pouvait s'identifier à Slobodan. Slobodan avait le génie du comique. Il avait le don de la répétition." "Slobodan" est le thème principal, présent dans 4 des 5 phrases de cet extrait, tandis que se trouve dupliquée la même structure de phrase simple. Cela introduit un petit goût de répétition tout à fait trompeur, puisque les sujets varient (Moshe, Slobodan Milošević) et qu'il y a glissement du sérieux (Slobodan Milošević, sous entendu le criminel de guerre) à l'anecdotique, à l'absurde, voire à la provocation: "Slobodan avait le génie du comique".

 En plus du glissement, ce procédé est aussi utilisé pour ballotter le lecteur est le projeter à l'inverse du point de départ, ce qui aboutit à un brouillage des certitudes. "Il pensait à des ménages à trois. Mais il n'y avait pas de ménages à trois"(p.145). Déjà, ça commence mal, mais lisons la suite: "Il n'arrivait pas à trouver des ménages à trois célèbres. Ils étaient bizarrement rares. Il pensa à Jules et Jim. Cette pensée ne dura pas longtemps parce que Moshe n'avait jamais vu Jules et Jim." Et quel est le début du chapitre suivant? "Mais pensons à Jules et Jim".

 "Pensons", car le narrateur omniscient use souvent de ce procédé rhétorique d'interpellation pour entraîner à des fins pas toujours honnêtes: " Vous ne pouviez tout simplement pas imaginer un garçon qui fût névrosé quant au sexe comme Moshe. Peut-être avez-vous même pensé que l'écriture également était obscène. Eh bien, c'est ce que vous pouvez avoir pensé au premier abord. Votre vanité et autres causes d'illusion [cf. un extrait de "De l'amour", de Stendhal, cité un peu avant, p.22] peuvent vous avoir amené à penser ça. Mais en réalité, je ne crois pas que vous êtes vraiment mécontent."(p.23).

 "Je" ou "vous" ou "il", structure répétitive ou non, le tout est toujours d'aboutir à des conclusions surprenantes, des écarts imprévus, des démonstrations ahurissantes, de quasi syllogismes. En vrac: "Au cas où vous auriez encore des inquiétudes, c'est le seul moment où le sexe fera intrusion dans ce chapitre. Il n'y a pas de sexe dans ce chapitre. Dans ce chapitre, Nana est au comble du bonheur" (p.208). Ou: "Nana était nerveuse. Entre-temps, Moshe était simplement dérouté. Sa petite amie sensible était devenue tourmentée récemment. Vous voyez? Voilà déjà une ironie curieuse. Elle n'était pas du tout tourmentée - elle était seulement nerveuse." Ou: "Quelle putain de perte de temps, pensait-elle, considérant les efforts de Mies [van der Rohe] pour politiser, en 1962, la conception d'un musée. C'est si foutrement anachronique. Conserver une théorie pendant trente ans était d'une telle paresse, pensait Nana. Ce n'était qu'une forme de nostalgie. / Vous voyez? c'était une bûcheuse, mais elle était charmante" (p.66).

 Un style prenant, singulier tout en restant simple, qui fait qu'on peut tenter et réussir à l'imiter, comme Natalie Levisalles (Libération du 15 janvier 2004), qui va d'ailleurs résumer l'histoire à ma place: "Politique ne parle pas de politique. C'est un roman qui parle de sexe. De sexe, d'amour et de morale. Politique raconte l'histoire d'une rencontre amoureuse: celle de Moshe, jeune acteur anglais (il est plutôt théâtre d'avant-garde), avec Nana, jeune historienne de l'art (elle prépare une thèse sur Mies van der Rohe). Mais aussi celle de Nana avec Anjali, meilleure amie de Moshe. Moshe aime Nana. Nana aime Moshe. Anjali aime Nana. Nana aime peut-être Anjali. Vous me suivez?".

 Marie-Claude Baucage aussi (pour le site P45) se laisse aller au pastiche et à l'hommage: "Il y est surtout question de sexe. De sexe détaillé, qui laisse vraiment peu de place à l'imagination. Entre un gars et une fille. Entre deux filles. Entre un gars et deux filles. Mais détrompez-vous, Politics [elle l'a lu en version originale] n'est pas un roman érotique".

 On doit effectivement avouer qu'il y a beaucoup de sexe, ce qui interpelle pas mal la critique. Clarabel, sur Zazieweb (le jour de la saint Valentin 2005): "D'entrée de jeu, on assiste à une scène de tentative de sodomie avec menottes d'un rose duveteux! Hum hum..." Ou André Clavel, qui a un joli carnet d'adresses, car il a réussi à intervenir sur ce même Adam Thirlwell dans Lire, L'Express et Le Temps (Suisse), et qui parle de "l'insoutenable limite du sexe" (Lire, mai 2005). Mais à 5 jours d'intervalle, il se contredit un peu entre cet Thirlwell qui "ironise sur le romantisme dont la sexualité est nimbée dont le roman contemporain" (Le Temps, 10 janvier 2004) et "C'est aussi la satire d'une époque où la baise est devenue une religion. Où la transgression s'érige en norme. Et où il est tout bêtement interdit d'être romantique" (L'Express, le 15 janvier 2004).

 Cette même critique est plutôt positive, sauf, dans celles que j'ai pu trouver, Caroline Bee pour Parutions.com (14 février 2005). Elle est franchement négative, mais néanmoins assez brillante dans son résumé de ce roman, en finissant chaque description des personnages par des "mais pas trop quand même" qui marquent bien leur confusion, leur côté "vaguement mou", désorienté. Elle est par contre moins convaincante dans ses arguments pour descendre ce texte. Elle commence en effet par un contradictoire "il n'y a pas grand chose, exceptés d'interminables marivaudages réalistico-moralo-sentimentaux, agrémentés de digressions tout aussi interminables". Elle dénonce ensuite "des propos confus" qui aboutiraient à l'énoncé d'évidences (celle qu'elle cite: "Il est possible après tout, qu'une action semble altruiste, mais ne soit en réalité que destinée à servir son auteur"). Certes, mais cette phrase a moins la prétention d'énoncer une vérité que de jouer de l'ironie et d'accompagner une narration. Surtout, la vision de la littérature qu'elle propose est assez étrange, et, pour tout dire, assez terrifiante: "aucun détail n'est épargné". Si les romans doivent nous épargner les détails, je ne sais pas trop ce qu’il va en rester. Elle poursuit par des arguments d’opportunité : : "Il est particulièrement maladroit de comparer [...] la chose politique et la chose privée (les sentiments, le sexe). Il est assez malvenu d'opérer ce genre de confusion intellectuelle, à une époque où la politique [...] est de plus en plus vidée de son sens". Le roman au service de la politique, on a déjà vu cela quelque part, qu'elle situe assez bien, puisque peu après elle cite et dénonce un passage de Thirlwell où Staline passe un coup de fil à Boulgakov pour l'acheter. Thirlwell appelle ça le "stalinisme téléphonique", qui est utilisation de la "bienveillance comme technique coercitive".

 Et Thirlwell, qu'est-ce qu'il en dit? Hé bien, dans un point de vue que lui a demandé Le Monde sur le roman politique, il écrit qu'il déteste "le roman politique", en ajoutant, pour nous rassurer, comme tous "les romans auxquels sont associés un adjectif", que "aucun roman ne devrait être défini par son sujet: un roman n'est ni du journalisme ni de l'histoire". Il révèle même l'épigraphe qu'il a un moment voulu mettre, "tirée d'une pièce de Tom Stoppard, The Coast of Utopia (...). Elle concerne les anarchistes russes, à Londres au XIX ème siècle. Alexander Herzen, théoricien de la liberté et de l'utopie, évoque la société idéale: "Quel est le plus grand nombre d'individus pouvant résoudre cette énigme? Je dirais que c'est moins qu'une nation, moins que les sociétés idéales de Cabet ou Fourier. Je dirais que le plus grand nombre est inférieur à trois. A deux, cela est possible, s'il y a de l'amour, mais deux n'est pas une garantie". Tragi-comiques et provocants, les mots de Herzen représentaient pour moi l'esprit du roman, à l'opposé du politique". Le roman ne fait pas de la politique, il la défait. Le roman défait tout ce qui est humain, d'ailleurs, et ce qui est humain n'a pas de frontières: il est dans le privé comme dans le publique, d'où les comparaisons de Thirlwell entre les deux.

 Dans son entretien au Temps (Samedi Culturel), il affirme quand même, à propos des descriptions sexuelles, ne "pas adopter une position parodique. Mon objectif était dans le réalisme, pas la célébration sentimentale, ni la parodie cynique. Je voulais introduire la sexualité dans un livre, avec toute la complexité et tout l'aspect domestique qu'elle revêt. En même temps, j'ai été émoustillé par l'idée qu'il demeurait un grand pan à explorer: le comique."

 Puisqu'on y revient, autant y rester, cette fois, au comique. Au comique de situation, dont on a oublié de parler? Allez: "Nana dit: Ca marche très bien vous devez être content. A quoi Moshe répondit:Oh ce n'est qu'une maison de papier.

 Ce commentaire était censé être charmant, autodénigrant. Il était censé être une blague. Malheureusement, Moshe était incompréhensible. Nana n'avait aucune idée de ce qu'était une maison de papier. Elle le dévisagea, timidement. Elle dit: C'est quoi une maison de papier? Elle but à son verre de champagne et se rendit compte alors qu'il était vide" (p.48).

 L'humour juif: "Comment était Auschwitz? dit un jour Mr Blumenthal, répétant la question de Papa. Mr Blumenthal regarda Mrs Blumenthal. Papa et Mr Blumenthal observèrent les gros pieds de Mrs Blumenthal enveloppés de collants bleus sur sa chaise longue électrique en velours sombre. Comment était-ce? dit Mr Blumenthal. La nourriture était mauvaise, dit-il. La nourriture était atroce.

 Papa n'était pas vraiment sûr que ce fût une plaisanterie. Il n'était pas vraiment parvenu à rire. Il avait voulu rire et était allé jusqu'au gloussement. Mais un gloussement n'était pas un rire" (p. 81).

 Ou le comique de l'absurde, qui certes imprègne un peu tous les autres: "Et elle dit: Alors tu aimes ce que fait Dario Fo? Et Moshe dit: Dario Fo? Dario Fo, dit-elle. Tu as plein de pièces de lui. Oh ça, dit Moshe, non non non, en fait non. Oh, dit-elle.

J'aurais cru que tu l'aimais. Il est bon, je crois. Vraiment? dit Moshe. Peut-être oui.
On va tellement bien ensemble, pensa Nana, avec bonheur" (p.62).




Liens :

http://www.liberation.fr/page.php?Article=171270

http://www.p45.ca/livres_Politics.html

http://www.zazieweb.fr/site/fichelivre.php?num=10391#Message61786

http://www.lire.fr/portrait.asp/idC=48435/idTC=5/idR=200/idG=4

http://www.letemps.ch/livres/Critique.asp?Objet=2471

http://livres.lexpress.fr/critique.asp/idC=7802/idR=10/idG=4

http://www.parutions.com/pages/1-1-121-4127.html

http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=931992







Posté par septembravec à 19:20 - THIRLWELL - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Le long monologue de la hideur.

Brefs entretiens avec des hommes hideux
David Foster Wallace
Éditions Au Diable Vauvert
Traduit de l’anglais (américain) par Julie et Jean-René Étienne
448 pages, ISBN : 2846260885





Si ce titre de Brefs entretiens avec des hommes hideux (BEADHH) n'est pas inexact, il n'est pas non plus faux de penser à l'une de ses ombres, soit Long monologue de la hideur (LMDLH). Il est en effet des interviews qui n'en sont pas et des interviewés qui n'ont pas besoin de questions, ce que leur absence rend ici assez manifeste, puisque le discours arrive à tenir debout sans les interrogations qui l'ont vu naître. Par exemple, page 35:
« Vous voyez, ça ne fait pas un pli.
Q
Eh bien mon père était, si j'ose dire »,
etc.
L'absence de la question est d'abord gênante, mais on se rend vite compte qu'elle n'est pas nécessaire à la compréhension du texte, ce qui rend visible et sensible ce monologue (pour les plus optimistes) ou cette ratiocination (pour les plus pessimistes, comme Éric Loret, dans Libération) qui peut se cacher sous la plus anodine des conversations.
Et s'il n'est pas faux, BEADHH n'est pas non plus très exact, car ce recueil ne compile pas que des entretiens, mais aussi de la prose, voire de la prose à moitié normale (selon Daniel Orozco, SF Gate, 16.05.99: "from the semi-conventional prose story"), un plan plein de note et d'abréviations, un style dictionnaire. Comme l'écrit Laurent Simon, dans Zone littéraire: "au final, la lecture de Brefs entretiens (…) ressemble au bar de "La Guerre des étoiles": toutes les espèces de l'univers littéraire s'y réunissent en bonne entente."
On en revient donc au titre fantomatique pour expliquer et trouver leur point commun, la hideur dont il est question et qui parle, mais dont on n'a pas encore précisé la nature.
Essayons au moins une fois.
Dans les brefs entretiens (BE) en tant que tels, l'interviewer n'a ni nom ni visage ni voix, mais juste un sexe, féminin. Le cadre de ces entrevues est tout aussi aveugle et sourd, même s'il a un arrière-goût clinique. Par exemple, pour le BE n°15, page 35: "département d'observation et d'évaluation de Bridgewater".
Les interviewés sont des hommes qui parlent de ces objets assez particuliers que sont les femmes, "as conquests, as demons, as receptacles, as anything but human beings" (Orozco, ib.).
Nous avons donc principalement des hommes qui parlent de femmes qui n'existent pas à une femme qu'ils ne font pas exister, comme dans ces questions de la page 294, dont le but n’est peut-être pas d’obtenir une réponse:
"Ce mot, 'masturber', ne vous choque pas?
Q
Et je le prononce comme il convient?
Q
Dans le fantasme que je décris...".
Mais ce n’est pas parce qu’ils ne la font pas exister qu’elle n’existe pas. À ce sujet, voici ce que rapporte Mitch Pugh dans le Chicago Newspaper (06.99) :
« And in « Interviews », even the person Wallace considers the main character, the unseen and unheard interviewer (designated when speaking by a mere Q. and who is revealed only by the “tiny, little remarks the men say to her”) is not exactly flawless.
“She, to me, is the main character of the book, but also someone who is extremely sensitive to misogyny in all its forms and darkness, in all its manifestations"
, Wallace says.”
Principalement ne veut pas dire exclusivement, ainsi que le souligne Florence Noiville, dans Le Monde (7 octobre 2005): " celles-ci, du reste, n'ont souvent rien à leur envier [aux hommes], comme en témoigne la nouvelle Adulte World, où une jeune mariée s'abîme dans l'angoisse (...)".
Qui plus est, il y a cette nouvelle troublante intitulée Du suicide envisagé comme offrande, qui commence ainsi; "Il y avait une fois une maman qui, ce n'est rien de le dire, en bavait vraiment sur le plan émotionnel, à l'intérieur", car "tout la terrifiait, et elle était terrifiée à l'idée de le laisser paraître". Et quand elle a un enfant, il devient un sale gosse, ce qui aboutit, pour elle, à la "haine de soi, haine de l'enfant délinquant et malheureux, haine d'un monde d'exigences impossibles et de jugements impitoyables. Il lui était, évidemment, impossible de rien en exprimer. Alors le fils -prêt à tout, comme tous les enfants, pour s'acquitter de sa dette et rendre l'amour parfait que l'on ne peut attendre que d'une maman- se chargea d'exprimer tout cela pour elle". On en revient aux propos de Wallace rapportés par le Chicago Newspaper, et on se dit que peut-être toutes nos paroles sont adressés à des personnes qui ne sont pas là.
Mais demeure présente cette hideur qui apparaît ailleurs plus salace, comme ce manchot qui explique comment il recycle son bras bousillé: pour draguer (BE n°40, p.117). L'un des moments de l'entreprise de séduction s'énonce d'ailleurs ainsi, page 119: "et alors à ce moment-là quand elles sont arrivées à cette phase-là la phase suivante c'est je leur demande est-ce qu'elles veulent le voir".
Si la séduction est en soi une manipulation douce, ici, elle va bien au-delà, et lui avec, qui utilise et manipule une difformité, un tabou, et on atteint bien la hideur dont on peut trouver une autre illustration avec ce détournement de la notion d'Holocauste (BE n°46, p. 162) pour affirmer que tout viol peut se révéler utile, à la finale: "il n'est pas impossible que le truc la grandisse", car "est-ce que vous avez lu Viktor Frankl? L'Homme en quête de sens de Viktor Frankl? Un bouquin formidable. Frankl était dans un camp pendant l'Holocauste et son bouquin vient de là, de son expérience du Côté Obscur de l'Humain et de comment préserver son identité dans le camp pendant que l'avilissement, la violence et la souffrance s'acharnent à te l'arracher totalement. Un bouquin excellent et maintenant repensez-y: s'il n'y avait pas eu l'Holocauste, il n'y aurait pas eu L'Homme en quête de sens."
Pour parachever cette oeuvre de manipulation, il y a bien un moment où le lecteur devait y passer. Cela s'appelle le méta-récit, soit "regardez moi qui vous regarde vous regarder" (Laurent Simon, Zone littéraire). Pour Sarah Cillaire (Le Littéraire.com, 21.09.05), cela a tout de la mode passablement énervante, car Wallace utilise "tous les procédés fictionnels éculés jusqu'à la corde des romanciers (post?) modernes", sous-entendant peut-être par là que les procédés fictionnels des auteurs d'avant la modernité (ceux de l'Antiquité?) seraient moins éculés.
En tout cas, elle n'est pas la seule à peu goûter les textes de ce recueil pareils à Octet, qui, s'ils ne constituent pas la majeure partie de ce recueil, n'en sont pas moins un élément très voyant. Pour Bob Wake (Culturevulture.net), "the collection is fatally marred by flat experimental stories like Octet". Pour Alex Abramovich (The Village Voice, 09.06.05), "others, particularly the more fragmented experimental fictions, seem constipated". Quant à Erwan Desplanques (Télérama): "parfois, Foster Wallace en fait trop. Ses pages se mettent à ronfler, à ruisseler de surenchère". Éric Loret (Libération), pourtant un fan: "mettre le ratage en abyme comme dans Octet n'ôte rien à l'ennui du lecteur". Il a même recours à un grand nom parlant d'un autre grand nom (Diderot sur Rameau, qui trouve aussi un écho dans Desplanques avec "ronfler") pour le pardonner: "excellent quand il est bon, mais il dort de temps en temps: et à qui cela n'est-il pas arrivé?"
Personnellement, Octet, malgré quelques longueurs, j'ai quand même bien aimé. Il y a des méta-récits moins drôles. Page 218: "et alors il vous faudra le lui demander direct, à la lectrice, si elle la sent, elle aussi, cette drôle de similitude interhumaine, diffuse, vitale et innommée. Il vous faudra en d'autres termes lui demander si elle estime que le semi-octet effiloché, heuristique et instable "fonctionne" comme un tout organique cohérent". Je rejoins ainsi le Cafard cosmique. Parfois "lourd, excessif (...) mais tellement... brillant" (Daylon). En plus, c'est l'avis de quelqu'un sensé rendre seulement compte d'ouvrages de science-fiction: "oui, c'est un peu maigre pour justifier de la SF [Datum Centurio, texte de 9 pages dans un recueil qui en compte plus de 400]. Mais au Cafard, on fait un peu ce qu'on veut." J'espère donc que ça continuera, et qu'au Cafard, ils feront même beaucoup ce qu'ils veulent.
Mais on va finir par une réussite, même pour une littéraire comme Sarah Cillaire, Le Sujet dépressif :
"Le sujet dépressif prenait en outre bien garde, lorsqu'elle se tournait vers les membres de son Échafaudage émotionnel, à ne jamais mentionner les circonstances telle que la bataille sans fin de ses parents sur le coût de ses soins orthodontiques comme la cause de son incessante dépression d'adulte" (page 60).
Ou, page 74:
"La thérapeute prenait toujours un soin extrême à ne jamais sembler juger ou blâmer le sujet dépressif de s'accrocher à ses défenses et à ne jamais suggérer qu'elle eût en aucune manière consciemment choisi, ou choisi de s'accrocher à une dépression chronique dont le calvaire faisait de chacune de ses (c.-à-d. de celle du sujet dépressif) heures de veille plus que n'importe qui n'eût pu en supporter".



Liens.

Critiques en français:

http://www.liberation.fr/page.php?Article=319072

http://www.zone-litteraire.com/actu.php?art_id=936

http://www.cafardcosmique.com/Critik/critik/w/Wallace.D.F/wallace.brefsentretiens.html

http://www.lelitteraire.com/article1889.html?var_recherche=wallace

http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=917920

http://livres.telerama.fr/edito.asp?art_airs=M0511071217395&srub=2

http://lelabo.blogspot.com/2005/10/brefs-entretiens-avec-des-hommes.html

Critiques en anglais:

http://www.villagevoice.com/books/9923,abramovich,6314,10.html

http://www.culturevulture.net/Books/BriefInterviews.htm

http://www.thehowlingfantods.com/chicago.htm (avec une rencontre avec David Foster
Wallace)

http://www.salon.com/books/feature/1999/05/28/hideousmen/index.html

http://leisuresuit.net/Webzine/articles/hideous_men.shtml

http://www.sfgate.com/cgi-bin/article.cgi?file=/chronicle/archive/1999/05/16/RV67011.DTL

Liens divers:

http://www.thehowlingfantods.com/dfw.htm : site consacré à David Foster Wallace.

http://en.wikipedia.org/wiki/David_Foster_Wallace : la page wikipédia.

http://www.audiable.com/livre/?GCOI=84626100938920 : les éditions Au Diable Vauvert.

Posté par septembravec à 12:36 - FOSTER WALLACE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 avril 2006

Disposer non proposer

1. Ses sources ne jamais préciser il faut.

2. Avoir lu au plus aucune critique de l'ouvrage commenté et la non-mentionner, on doit.

3. Présenter comme certain tout fait non avéré, toujours il faut.

4  Le livre peut exister.

Posté par oliviacham à 17:32 - **charte** - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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