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(lu sur le lu)

24 avril 2006

Oublier pour mieux se retrouver

Petits crimes conjugaux

Eric-Emmanuel Schmitt

Albin Michel, 2003

ISBN 2-226-14158-8

118 pages

Pièce créée au Théâtre Édouard-VII, Paris, 12 septembre 2003.
M.e.s. : Bernard Murat. Décors : Nicolas Sire. Avec : Bernard Giraudeau, Charlotte Rampling.
Traductions en cours.

De Eric-Emmanuel Schmitt on connaît les romans, les plus célèbres étant sûrement Oscar et la dame rose et Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran . Avec Petits crimes conjugaux, on découvre un autre aspect de son travail, c'est-à-dire le théâtre.

La pièce débute lorsque Lisa ramène Gilles de l'hôpital chez eux. Gilles est amnésique à la suite d' un récent accident, Lisa l'aide à se remémorer son passé, leur passé de couple heureux, de couple parfait. Il devient cependant rapidement évident que la mémoire de Gilles est on ne peut plus sélective et que Lisa tire les ficelles d'un gros mensonge ; à moins qu'elle ne soit elle-même la marionnette dont Gilles s'amuse à tirer les ficelles ?

A travers cette pièce, E-E Schmitt se livre avec un mélange de cynisme et de tendresse à une étude fine et sans concession du couple, ce que l'auteur définit dans ses commentaires de la pièce comme le "voyage le plus risqué, le plus dangereux qu’on puisse faire en amour" ; il en analyse les petitesses et les grandeurs, ce qui le fait durer et s'user, et justifie son choix de l'amnésie comme "un moyen d’investigation puis, ultimement, la métaphore des époux." Amnésie de Gilles qui avait oublié au cours de ses 15 années de vie commune avec Lisa de la regarder, de lui dire qu'il l'aimait alors que, dit l'auteur, Lisa  "pratiquait l’amnésie volontaire de ses frustrations, de ses doutes et de ses craintes ;"

On pourrait bien sûr se demander pourquoi Schmitt a choisi de traiter le sujet bien plat de l'amour conjugal, ce n'est pas la norme, l'auteur pense même qu' "il semblerait que le théâtre n’accepte  les amants que débutants ou retraités, se bornant à présenter la naissance et le coma de l’amour, jamais sa vie même." Oui mais voilà, M. Schmitt est un petit curieux, il s'interroge et essaie dans son commentaire d'apporter des réponses à des questions aussi fondamentales que : "L’amour survit-il à la rencontre ? Respire-t-il encore dès lors qu’il n’est plus contrarié ? Qu’advient-il à Roméo et Juliette dès lors qu’ils se marient ?" ; et son travail de réflexion l'amène à établir le postulat d'après lequel "Les arrangements et compromissions  que nécessite l’existence à deux ouvrent un champ de défaites et de deuils" ; autrement dit et, contrairement à une aventure banale, la vie de couple signifie, conclut-il "l'absence d'illusions et la souffrance". Pas rassurant tout ça, me direz-vous. Mais qu'on se garde de tirer des conclusions hâtives, E-E Schmitt souligne que la " pièce affirme néanmoins un réel optimisme : l’amour peut durer." Et de démontrer que la façon de le faire durer c'est de communiquer, d'échanger, voilà ce qui permet au couple de survivre :   "A travers des paroles, des ruses, voire des coups, les deux protagonistes recommencent à échanger… donc à se soigner." Les conséquences que l'accident de Gilles aura sur le couple qu'il forme avec Lisa illustrent parfaitement cette opinion quelque peu discutable. Voyez plutôt. Lisa et Gilles avaient cessé de se parler, cet incident de parcours aura le mérite inattendu de les faire se reparler, se redécouvrir et de connaître de nouveau, l'auteur en est certain , ce "profond irrationalisme amoureux, nécessaire, incontournable.", ce "mystère" que doit partager le couple. 

A  la lumière des lignes précédentes il semble désormais bien qu'il serait erroné et réducteur de ne voir dans cette pièce, comme je l'ai lu à plusieurs reprises, et notamment sur La Moisson des Auteurs, qu' "une comédie noire pleine de surprises où le marivaudage alterne avec la guerre totale.", il y a là tout un travail complexe sur la dynamique du couple et sur chacun des deux éléments qui le composent, un travail dont E-E Scmitt explique qu'il "fouille la complexité de nos êtres plutôt qu’elle ne la simplifie" et nous amène avec l'auteur à nous demander en refermant le livre : "et si l’amour commençait une fois qu’on n’est plus amoureux ?"

Critiques :

http://www.eric-emmanuel-schmitt.com/fr/work_details.php?oeit_id=14&oecat_id=1&section_id=2&table=comments

http://entractes.sacd.fr/oeuvre_edite2.php?idoeuvre=389&l=ma

Autres critiques :

http://www.eric-emmanuel-schmitt.com/fr/work_reviews.php?oeit_id=14&oecat_id=1&section_id=3&table=critics

http://www.jowebzine.com/TEMPLATES/SPECTACLE/conjugaux-98.php

http://entractes.sacd.fr/oeuvre_edite2.php?idoeuvre=389&l=ma

Posté par ethiopia à 21:31 - SCHMITT - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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