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(lu sur le lu)

07 janvier 2007

Ma vie avec Mozart

Le mystère selon Schmitt

Ma vie avec Mozart
Eric-Emmanuel Schmitt
Albin Michel
ISBN 2226168206

« Aux esprits confus tout est confus. Aux esprits clairs, tout est clair même ce qui leur échappe. Dès lors, plus une intelligence est lumineuse, plus elle peut appréhender le mystère. »1
Philosophe du mystère ; c’est de cette manière que Laurence Liban nous présente Eric-Emmanuel Schmitt pour le magazine Lire, également les termes employés 10 ans plus tard par l’auteur lors d’une interview accordée à Mélanie Carpentier et Thomas Yadan : « Là où Sartre voit de l'absurde, de l'insignifiant, moi je vois du mystère, un sens qui m'échappe »

Y a t-il alors du mystère dans « Ma vie avec Mozart » ? Certes, mais peut-être pas là où l’auteur aurait aimé qu’il soit.
E.-E.S. nous avait habitué aux questions « Tous ses textes posent des questions philosophiques. Quant aux réponses, c’est au lecteur de les trouver ou de les interpréter, car Schmitt estime que les questions rassemblent, mais que les réponses divisent. » Marie-Andrée Lamontagne . C’est effectivement ce qui fait le succès de l’auteur, poser simplement les bonnes questions, amener des pistes de réflexion, user du conte philosophique sans jamais imposer de morale, les courts romans du cycle de l’invisible en sont la parfaite illustration. Lire E.-E.S. est une invitation à la réflexion et une invitation agréable.
Et ça marche ! L’auteur remporte un succès fou, ses livres se vendent et se lisent, ils sont mis en scène et donnent même lieu à des adaptations cinématographiques. On se souviendra de l’adaptation de « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » pour laquelle Omar Sharif obtint le César du meilleur acteur en 2004.

« Ma vie avec Mozart » est un roman épistolaire : l’auteur s’adresse directement à Mozart par le biais d’une vingtaine de lettres écrites entre ses 15 et 45 ans. A chaque période de sa vie -souvent en rapport avec une difficulté rencontrée, E.-E.S. reçoit une réponse du musicien par le biais d’une œuvre. Cette œuvre (un extrait), le lecteur est invité à l’écouter grâce au CD joint à l’ouvrage. La voilà la bonne idée ! Tout l’intérêt de l’ouvrage réside justement dans cette possibilité offerte d’une lecture et d’une écoute conjointes de Mozart. Car ici c’est surtout Mozart l’artiste, quand E.-E.S.est là pour nous ouvrir quelques portes, nous donner quelques clefs de lecture et nous inviter à une découverte plus complète de l’œuvre du musicien en toute liberté.
Mais peut-on s’accorder à dire comme François Busnel (mais à propos d’un autre ouvrage) dans Lire que : « Eric-Emmanuel Schmitt confirme ses qualités d'écrivain. Et se joue, une fois de plus, des genres en inventant la philosophie clandestine. » ?
Eh bien non ! en posant son œuvre à coté de celle de Mozart, E.-E.S. ne peut que provoquer la comparaison et ici la légèreté, le souffle clandestin ne se trouvent pas chez l’écrivain mais bien chez le musicien ! Quelle idée aussi de profiter de cet opus pour régler quelques comptes, quelle idée de vouloir absolument trouver une réponse musicale pour un événement de sa vie ! Soit, pour la révélation à 15 ans que la vie mérite d’être vécue si des choses aussi belles que les noces de Figaro existent mais bon, un morceau de Mozart à chaque tournant de sa vie, difficile d’y adhérer ! Et pourtant l’idée était intéressante, alors est-ce de s’être un peu trop détourné de la fiction dans cet ouvrage, d’avoir oublié le côté universel de l’écriture ou tout simplement d’être passé à côté de ce qu’il affirme : « En art la solution c’est toujours le génie » ?
2
Mystère.

1 Ma vie avec Mozart, p89
2 Ma vie avec Mozart, p101

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24 avril 2006

Oublier pour mieux se retrouver

Petits crimes conjugaux

Eric-Emmanuel Schmitt

Albin Michel, 2003

ISBN 2-226-14158-8

118 pages

Pièce créée au Théâtre Édouard-VII, Paris, 12 septembre 2003.
M.e.s. : Bernard Murat. Décors : Nicolas Sire. Avec : Bernard Giraudeau, Charlotte Rampling.
Traductions en cours.

De Eric-Emmanuel Schmitt on connaît les romans, les plus célèbres étant sûrement Oscar et la dame rose et Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran . Avec Petits crimes conjugaux, on découvre un autre aspect de son travail, c'est-à-dire le théâtre.

La pièce débute lorsque Lisa ramène Gilles de l'hôpital chez eux. Gilles est amnésique à la suite d' un récent accident, Lisa l'aide à se remémorer son passé, leur passé de couple heureux, de couple parfait. Il devient cependant rapidement évident que la mémoire de Gilles est on ne peut plus sélective et que Lisa tire les ficelles d'un gros mensonge ; à moins qu'elle ne soit elle-même la marionnette dont Gilles s'amuse à tirer les ficelles ?

A travers cette pièce, E-E Schmitt se livre avec un mélange de cynisme et de tendresse à une étude fine et sans concession du couple, ce que l'auteur définit dans ses commentaires de la pièce comme le "voyage le plus risqué, le plus dangereux qu’on puisse faire en amour" ; il en analyse les petitesses et les grandeurs, ce qui le fait durer et s'user, et justifie son choix de l'amnésie comme "un moyen d’investigation puis, ultimement, la métaphore des époux." Amnésie de Gilles qui avait oublié au cours de ses 15 années de vie commune avec Lisa de la regarder, de lui dire qu'il l'aimait alors que, dit l'auteur, Lisa  "pratiquait l’amnésie volontaire de ses frustrations, de ses doutes et de ses craintes ;"

On pourrait bien sûr se demander pourquoi Schmitt a choisi de traiter le sujet bien plat de l'amour conjugal, ce n'est pas la norme, l'auteur pense même qu' "il semblerait que le théâtre n’accepte  les amants que débutants ou retraités, se bornant à présenter la naissance et le coma de l’amour, jamais sa vie même." Oui mais voilà, M. Schmitt est un petit curieux, il s'interroge et essaie dans son commentaire d'apporter des réponses à des questions aussi fondamentales que : "L’amour survit-il à la rencontre ? Respire-t-il encore dès lors qu’il n’est plus contrarié ? Qu’advient-il à Roméo et Juliette dès lors qu’ils se marient ?" ; et son travail de réflexion l'amène à établir le postulat d'après lequel "Les arrangements et compromissions  que nécessite l’existence à deux ouvrent un champ de défaites et de deuils" ; autrement dit et, contrairement à une aventure banale, la vie de couple signifie, conclut-il "l'absence d'illusions et la souffrance". Pas rassurant tout ça, me direz-vous. Mais qu'on se garde de tirer des conclusions hâtives, E-E Schmitt souligne que la " pièce affirme néanmoins un réel optimisme : l’amour peut durer." Et de démontrer que la façon de le faire durer c'est de communiquer, d'échanger, voilà ce qui permet au couple de survivre :   "A travers des paroles, des ruses, voire des coups, les deux protagonistes recommencent à échanger… donc à se soigner." Les conséquences que l'accident de Gilles aura sur le couple qu'il forme avec Lisa illustrent parfaitement cette opinion quelque peu discutable. Voyez plutôt. Lisa et Gilles avaient cessé de se parler, cet incident de parcours aura le mérite inattendu de les faire se reparler, se redécouvrir et de connaître de nouveau, l'auteur en est certain , ce "profond irrationalisme amoureux, nécessaire, incontournable.", ce "mystère" que doit partager le couple. 

A  la lumière des lignes précédentes il semble désormais bien qu'il serait erroné et réducteur de ne voir dans cette pièce, comme je l'ai lu à plusieurs reprises, et notamment sur La Moisson des Auteurs, qu' "une comédie noire pleine de surprises où le marivaudage alterne avec la guerre totale.", il y a là tout un travail complexe sur la dynamique du couple et sur chacun des deux éléments qui le composent, un travail dont E-E Scmitt explique qu'il "fouille la complexité de nos êtres plutôt qu’elle ne la simplifie" et nous amène avec l'auteur à nous demander en refermant le livre : "et si l’amour commençait une fois qu’on n’est plus amoureux ?"

Critiques :

http://www.eric-emmanuel-schmitt.com/fr/work_details.php?oeit_id=14&oecat_id=1&section_id=2&table=comments

http://entractes.sacd.fr/oeuvre_edite2.php?idoeuvre=389&l=ma

Autres critiques :

http://www.eric-emmanuel-schmitt.com/fr/work_reviews.php?oeit_id=14&oecat_id=1&section_id=3&table=critics

http://www.jowebzine.com/TEMPLATES/SPECTACLE/conjugaux-98.php

http://entractes.sacd.fr/oeuvre_edite2.php?idoeuvre=389&l=ma

Posté par ethiopia à 21:31 - SCHMITT - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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