19 octobre 2006
"J'habite dans la littérature" sur TF 1 le 19 septembre 2008?
J'habite dans la télévision
Chloé Delaume
Verticales / Phase deux, 2006.
ISBN: 2070781399
Si ce livre est un brûlot et non une colère pâlotte et convenue, j'imagine sans peine aucune une riposte télévisuelle et sanglante en négatif, soit un J'habite dans la littérature, la vraie histoire d'une vraie fille filmée par elle-même ou par autrui 22 mois durant à lire du matin. Ou l'inverse (N.B.: lui laisser au moins ce choix). Intérêt ****: en quoi elle se métamorphose et ce qui la dévaste, le désastre totale de cette monomanie et ses effets douloureusement secondaires sur sa physiologie et sa psychologie.
Autrement dit, quand l'autofiction se moque de la téléréalité, ça le fait pas trop, juste un peu. Par contre, ce qui le fait assez comme toujours, c'est l'écriture de Chloé Delaume (CD), ce luxe qu'ont les grands stylistes de pouvoir dire un peu n'importe quoi et d'être néanmoins bons à lire.
Ceci écrit, elle ne dit pas n'importe quoi, ce qui ne signifie pas qu'elle ne se méjuge pas, à mon orgueilleux avis. Je crains de penser que sa défaveur va moins au médium "télé" qu'à l'époque, et que l'époque qui s'anime sur l'écran tache aussi les pages. Du terrible Videodrome (film de Cronenberg qui l'a inspirée), ne pourrait-on pas passer à un horrible Livrodrome où une Nicki bis sortirait non pas du téléviseur, mais de la page, et ce avec les mêmes mots: Je suis là pour te guider, Max. J'ai appris que la mort n'est pas la fin. Je peux t'aider. Tu dois maintenant aller jusqu'au bout, une totale transformation. (J'habite dans la télévision, p. 120).
Et une Star Ac', ça n'existerait pas dans les piteux faits? Personne n'aurait aperçu un beau jeune premier écrire faux en se croyant lyrico et intello? [ Projet d'émission de Star Ac' littéraire: un atelier d'écriture, 20 candidats, le soutien d'une GRANDE maison d'édition, mais un seul gagnant-publié à la fin. ] L'insignifiance, le porno, le trash, le démago, le pipeule, seraient-ce là choses uniquement télégéniques et jamais littégéniques? Des écrits œuvrant à la disponibilité du cervelet, ça n'existerait pas? Le médium "livre" serait un ange et CD se serait gourée dans quelques unes de ses anciennes rages?
Non, elle ne s'était pas trompée, et, dans le présent texte, il lui arrive de ne pas louper certaines cathodiques spécificités, comme quand ça tourne et que la mémoire est sous un curieux éboulis.
Et peut-être que c'est moi qui me trompe, que la manipulation by TV est le réel sujet de ce bouquin. dans ce cas-là, se reporter à Erwann Bleu ou Fabienne Swatly , qui analysent parfaitement le credo delaumien. Je demeure assez sceptique, et puis souffler sur l'air chaud du temps ("les médias, ces ténias et en plus ils nous dévorent"), bof: est-ce que tout pourrait être immédiat et juste?
Tout cas, pour moi, toujours pour moi, le vrai sujet est ailleurs, pas très loin mais quand même ailleurs, et aussi dans ce texte d'Aldous Huxley, Les Portes de la perception (trad. Jules Castier, éd. 10/18, 2003, 1ère éd. 1954, éd. du Rocher).
Dans cet essai, AH a aussi décidé de se soumettre à une expérience et de la relater textuellement (nuance: CD le fait pendant, lui après). Il le fait aussi sous le regards de tiers (son épouse, un enquêteur; CD: Igor). La notion de cobaye est prégnante dans les deux publications, CD allant jusq'à déterrer le terme nazi de "Versuchspersonen", soit "sujets d'essai" (J'habite dans la télévision, p. 35). Et les deux exposent une écriture contaminée par le médical, spécialement ses branches neurologique et psychiatrique: ils citent tous les deux des travaux des plus sérieux. On pourrait poursuivre le listing par les traits d'humour et les flèches sociologiques.
À première vue l'objet de l'expérience d'AH est tout autre, puisqu'elle consiste à absorber une drogue, la mescaline. Sauf que ce n'est pas une stupéfaction pour s'encanailler et faire le dur, non, c'est plus profond ou plus élevé, c'est selon, et c'est plutôt une tentative pour approcher Dieu, le non-moi, le monde dans sa nudité et son instant présent. Le titre l'indique, il s'agit de percevoir, et la phrase de Blake en exergue indique la manière dont doit s'opérer cette perception: Si les portes de la perception étaient nettoyées, tout chose apparaîtrait à l'homme telle qu'elle est, infinie..." So, il faut faire le ménage devant et derrière les yeux, et si dans cet ouvrage l'usage de psychotropes n'est pas affirmé par CD, il n'est pas non plus infirmé, et fur avoué à une autre reprise, ainsi qu'une certaine consommation de la téléréalité: R. W. : Certaines de tes références peuvent paraître beauf : tu as notamment déclaré que tu suivais régulièrement la télé réalité et que ton trip c’était de fumer des joints en jouant à la Play (...).
Cette question de la perception de la réalité est une des premières qu'avance CD pour justifier sa charge: Vous cyniquez: j'ai su me préserver de la télévision. Attendu qu'en moyenne le temps passé par les Français devant la télévision est de 3 h 30 par jour. Vous assurez: je suis dans le réel et le réel est tout sauf la télévision. Il a été convenu que les Français ont pour espérance 11 ans et 4 mois de vie dans la télévision. J'ai dit: onze ans et quatre mois plein temps les paupières eveil permanent, soit un peu moins du double pour rester rationnel. Vous vous dites au réel et surtout au Village, parfois même au Château mais toujours appréciant votre panorama. Vous vous dites au réel et moi l'idiote du village, elle a eu comme une crise elle est restée bloquée elle se rejoue Éleusis version Télérama. Depuis. (J'habite dans la télévision, p. 12-13).
Si AH parvient très bien a anlyser la mescaline under réalité, sous overdose avec CD le panorama est plus réduit, on ne voit pas trop. Elle se situe plus dans l'analyse suite parano, alors que AH en reste à la schizo avant la parano, dans sa perception qui dissocie. Mais AH est un visuel qui suit un fil narratif quand CD est une musicale qui a les cordes qui tressautent. D'ailleurs, elle rend mieux le ressenti de l'emprise télévisuelle par les pièces sonores qu'elleinvite à télécharger qui, loin d'être anecdotiques, sont complémentaires et essentielles, pour tout dire réussies, affirmant un vécu en même temps que le transcendant.