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(lu sur le lu)

18 novembre 2006

Riquiqui junior, il aime le lait et il n'aimait pas le vent.

La Horde du Contrevent

Alain Damasio

La Volte, 2004

ISBN: 2952221707




Quand Riquiqui Junior se lève le matin de mauvais poil et de bon pied gauche, il se sent parfois des envies d’épilation et d’amputation de constater que :

1° - la porte du frigo bâille, et certainement pas d’ennui.

2° - la bouteille de lait s’est fait la malle : elle est partie la veille à la poubelle.

Dans ces cas-là, Riquiqui Junior se rappelle le douillet précepte de son digne paternel, Riquiqui Senior : « S’il n’y a pas de solution, va te coucher. »

Seulement voilà, il y a un terrible conflit de génération entre le has been et le will be, ce dernier préférant boulotter que roupiller, ce qui le conduit dans cette rue qui va nous mener au bouquin de Damasio que le voisin de Riquiqui Junior ( c’est-à-dire l’auteur de ces lignes ) devrait normalement déjà commenter. En effet, cette rue est pavée d’un violent vent de face, ce qui est, pour notre tendre ( mais néanmoins super ) héros en devenir, un constant sujet de méditations désespérantes: « Pourquoi, oui pourquoi ce foutu vent opère-t-il un changement de direction à 180° dans les trois petites minutes qui sont nécessaires à l’achat de mon litre de mon blanc [ précision pour les gourmets et les gourmettes qui me lisent : il s’agit d’un lait enrichi en éléments bio et vieilli en fûts de chêne parfumés à la pipe de José Bové, issues de vaches sous Mozart le jour et Chopin la nuit, avec, dans la capsule, des brins d’herbe du Larzac à collectionner ] ? ? ? ! ! !  Pourquoi suis-je maudit et persécuté par le vent ? ? ?»

« Mais je ne sais pas, moi ! » lui répondit le deuxième auteur de ces lignes.

Devant sa mine navrante de détresse, le troisième auteur de ces lignes lui conseilla donc la lecture de La Horde du Contrevent, du sieur Damasio, une histoire de gonzes et gonzesses qui luttent contre le vent, tout ça pour trouver son origine.  

Le quatrième auteur de ces lignes surenchérit : « Ils font même mieux que lutter, car ils le contrent, ils contrent le vent. C’est tout un art, une technique, et cela nécessita aussi bien la mise en partition des différentes formes de vent qu’une chorégraphie de différentes formes de pack pour le contrer dans la meilleure aérodynamique possible ».

Le cinquième auteur de ces lignes ajouta : « Damasio est comme un marin sur un terrain de rugby ou un rugbyman sur une terre du marin ».

« Et même une mer », rigola le sixième auteur de ces lignes, « et puis de grandes oreilles de musicos ».

Pendant que le cinquième auteur de ces lignes s’occupait du sort du sixième auteur de ces lignes, le septième auteur de ces lignes crut bon de continuer le fil du récit pour détourner l’attention :  La Horde du Contrevent   n’aurait pu être qu’un livre de divertissement pour collégien privé de sorties. Mais le problème, c’est que l’auteur place une musique bien enquiquinante dans son écriture, genre tu te dis "merde, c’est sérieux, il a un style, une musique, putain merde ! c’est de la littérature !, je vais pas pouvoir m’en tirer en deux ou trois coups de clavier !" »

Le cinquième auteur de ces lignes, mis en forme par sa petite explication, en profita pour intervenir : « Tu veux un exemple ? Le voilà : 

 

« C'est le slamino, deuxième forme du vent, dans une variante banale dite de Malvini, fréquente dans les dunes, en lande dodue et en pays de collines. Il faut le contrer entre les crêtes, dans le creux des salves, en tiers temps et sans à-coup. J'ai ouvert les yeux, la journée sera belle. » [ page 457 ] »

 

Le septième auteur de ces lignes, sentant le cinquième auteur de ces lignes assommé par un coup de tendresse aussi violent que brusque, et donc muet, en profita pour continuer : « Comme l’écrit Olivier Noël, sur Stalker , " La Horde du Contrevent * a beau n’être qu’un roman d’aventures, étrange histoire de fantasy ou de science-fiction, pur roman ‘d’imaginaire’, il n’en brûle pas moins d’un feu quasi joycien, épiphanique et cependant fluide, accessible, populaire, qui excède largement le cadre utile mais trop étroit de l’expérimentation formelle (formaliste ?) (…) ". »

 

Le huitième auteur de ces lignes voulut montrer que lui aussi pouvait avoir des références culturelles : « Joycien, peut-être pas… Pas assez cacophonique, quand Damasio parle (dans son interview au Cafard cosmique  de "narration polyphonique (…) vitale pour moi ". On pense alors à autre chose d’ulyssien, mais en moins irlandais, plus grec, plus Homère, quoi. L’épopée, le sublime, le combat, le mythe, la quête, on retourne un peu à cette Odyssée… Dans Joyce, c’est plus chaotique, plus proche de l’anecdotique, moins dans la volonté de faire sens, dans la lisibilité immédiate ».

Le neuvième auteur de ces lignes profita de l’occasion pour montrer qu’il était un ami du huitième auteur de ces lignes : « Et l’expérimentation formelle, qui existe, ne serait-ce que pour cet enthousiasmant système de notation du vent  est somme toute limité, comparé à Joyce. Des petites trouvailles typographiques, notamment pour symboliser les personnages et dessiner les formes de packs, rien qui ne verse dans la poésie expérimentale pure et dure. Et pour jeter un autre petit grain de sable sur ce livre qui reste formidable, des jeux de mots un peu faciles qui font un peu potaches et qui donc ne le font pas, genre "ceux qui vont mûrir te saluent" ».

Rien de tel pour réveiller l’ardeur du sixième auteur de ces lignes, ardeur précédemment très mise à mal : « T’as qu’à lire moins souvent Libération et tu seras un peu moins sensible aux jeux de mots à la noix ».

Le neuvième auteur de ces lignes n’eut qu’à regarder le cinquième auteur de ces lignes pour qu’il aille sauter à pieds joints sur le sixième auteur de ces lignes. Ensuite, il put reprendre : « Dernier petit grain de sable que j’aimerais jeter, c’est à Golgoth et celui qui manipule sa bouche, qu’on sent rivé à un dico d’argot. OK, ça fait riche au niveau champ lexical, mais peut-être un peu trop. C’est plus Golgoth qui cause, mais le dico d’argot et des fois ça le fait pas, on respire plus ».

Pour que le neuvième auteur de ces lignes retrouve un peu son souffle, le dixième auteur de ces lignes prit la parole : « Vous parlez beaucoup de la forme, mais peu du fond, à part dire que c’est une quête de l’origine, un voyage initiatique (à l’espace, au temps, à la mort, au groupe). Il y a pourtant beaucoup de notions que Damasio approche, qui touchent autant la physique mais que la métaphysique. Mais même dans les critiques que j’ai lues, elles sont peu abordées. Vous n’auriez pas envie d’en toucher un mot ? »

Les neuf autres de ces lignes, tous en chœur : « Non ! ! ! »

Malin, le dixième auteur de ces lignes approuva : « Moi non plus… 521 pages, faut s’en remettre, et peut-être qu’il faut enlever les formes, avant de voir le fond…. »

Les neuf autres auteurs de ces lignes, toujours tous en chœur : « À la prochaine relecture ! ! ! »

Le onzième auteur de ces lignes, en retard comme toujours mais bel et bien là, n’arriva pas pour rien : « Vous avez parlé du CD et du site internet ( www.lahordeducontrevent.org ) qui accompagnent ce livre, que c’est vraiment un projet multimédia ? »

Les dix autres auteurs de ces lignes, en chœur : « Non ! ! ! »

Le onzième, de sa petite voix fluette : « Ben voilà, c’est fait… »

Les dix autres : « Merci, au revoiiiiiiiiiiiiiir ! ! ! »

Le onzième : « Euh… ouais, bonne idée, salut...»

Et il s’en fut.

Quant à Riquiqui Junior ( qui est un peu, quelque part, le douzième auteur de ces lignes ), lequel n’a pas encore fini sa première lecture, il n’a plus besoin de l’excuse du lait pour aller prendre le vent de face.

 

Posté par septembravec à 20:03 - DAMASIO - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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