Arnaldur Indridason

La Cité des Jarres

Traduit par Eric Boury

Métailié

ISBN : 2-86424-524-8



Scriver:

Décidément, nul pays n’échappe à la déferlante du polar « noir-c’est-noir » qui submerge actuellement la vie littéraire mondiale (la littérature, c’est autre chose). L’Islande n’y échappe pas, là-bas au bout du monde, loin des métropoles gigantesques à l‘affût de ces pavés qui font exploser les records de vente (mais pas forcément de lecture). Elle nous envoie à son tour son inspecteur mal dans sa peau, Erlendur, solitaire de cinquante ans, affublé d’une fille qui se drogue et ne se souvient de lui que pour lui soutirer de l’argent et lui annoncer qu’elle est enceinte. Quant à son fils, c’est encore pire. Et le voilà qui va devoir résoudre le meurtre d’un certain Holberg, ancien chauffeur routier de 69 ans, retrouvé chez lui le crâne enfoncé par un énorme cendrier et sur le corps duquel est déposé ce message très énigmatique : Je suis LUI. Les seuls indices sont une plainte pour viol déposée contre la victime par une femme prénommée Kolbrun (dans cette grande famille qu’est l’Islande, les gens sont connus par leur prénom et non par leur nom de famille qui n’indique d’ailleurs que leur filiation), l’année d’avant qu’elle donne naissance à une fille, Audur, morte d’une tumeur du cerveau à l’âge de 4 ans, puis de se suicider elle-même. Parallèlement un certaine Disa Ros disparaît le jour de son mariage, laissant elle aussi un message mystérieux (qui accuse en fait son propre père). Par la suite, on découvre que l’ordinateur de Holberg était bourré de films pornos, qu’il a violé une autre femme et qu’il souffrait lui aussi d’une tumeur du cerveau. Le dénouement est pour le moins complexe. Il fait intervenir un cadavre dissimulé depuis vingt-cinq ans sous la maison de Holberg, le sosie de celui-ci (en fait son fils, issu du second viol), la Cité des Jarres (où des restes humains sont conservés dans le formol) et surtout une maladie héréditaire rare : la neurofibromatose et une vaste entreprise alliant la génétique et la généalogie. Au total, cela donne un livre bien écrit et bien traduit, qui a le mérite d’insérer dans son intrigue un projet de santé publique à l’échelle de la nation et de son histoire, mais un peu compliqué (l’histoire du sous-sol de la maison, par exemple) et parfois un peu morbide.

Public adulte.

Essentiel: non.

[ Précédemment publié dans le Bulletin critique du livre français ]

Septembravec:

Pour Baratin, "Indridason signe encore ici un polar de qualité". Avis partagé par Pierre Mazet, pour qui "on ne se perd pas dans des digressions qui ne font pas avancer le sujet" et Coolture, qui estime que sa "noirceur n'a rien à envier aux sagas scandinaves".
Et si Bill et Marie ont repensé, en le lisant, à leurs vacances en Islande, si Mon avis sur tout et n'importe quoi a trouvé de "l'exotisme" dans les noms, Le Bibliomane juge au contraire que ce roman "nous
nous entraîne dans un Reykjavik crépusculaire bien éloigné des clichés touristiques".
Et à part ça, qui n'a pas aimé? Aqua-elle.
Et qui nous offre un bonus? Incommensurable, avec la couverture allemande.