Le mystère selon Schmitt

Ma vie avec Mozart
Eric-Emmanuel Schmitt
Albin Michel
ISBN 2226168206

« Aux esprits confus tout est confus. Aux esprits clairs, tout est clair même ce qui leur échappe. Dès lors, plus une intelligence est lumineuse, plus elle peut appréhender le mystère. »1
Philosophe du mystère ; c’est de cette manière que Laurence Liban nous présente Eric-Emmanuel Schmitt pour le magazine Lire, également les termes employés 10 ans plus tard par l’auteur lors d’une interview accordée à Mélanie Carpentier et Thomas Yadan : « Là où Sartre voit de l'absurde, de l'insignifiant, moi je vois du mystère, un sens qui m'échappe »

Y a t-il alors du mystère dans « Ma vie avec Mozart » ? Certes, mais peut-être pas là où l’auteur aurait aimé qu’il soit.
E.-E.S. nous avait habitué aux questions « Tous ses textes posent des questions philosophiques. Quant aux réponses, c’est au lecteur de les trouver ou de les interpréter, car Schmitt estime que les questions rassemblent, mais que les réponses divisent. » Marie-Andrée Lamontagne . C’est effectivement ce qui fait le succès de l’auteur, poser simplement les bonnes questions, amener des pistes de réflexion, user du conte philosophique sans jamais imposer de morale, les courts romans du cycle de l’invisible en sont la parfaite illustration. Lire E.-E.S. est une invitation à la réflexion et une invitation agréable.
Et ça marche ! L’auteur remporte un succès fou, ses livres se vendent et se lisent, ils sont mis en scène et donnent même lieu à des adaptations cinématographiques. On se souviendra de l’adaptation de « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » pour laquelle Omar Sharif obtint le César du meilleur acteur en 2004.

« Ma vie avec Mozart » est un roman épistolaire : l’auteur s’adresse directement à Mozart par le biais d’une vingtaine de lettres écrites entre ses 15 et 45 ans. A chaque période de sa vie -souvent en rapport avec une difficulté rencontrée, E.-E.S. reçoit une réponse du musicien par le biais d’une œuvre. Cette œuvre (un extrait), le lecteur est invité à l’écouter grâce au CD joint à l’ouvrage. La voilà la bonne idée ! Tout l’intérêt de l’ouvrage réside justement dans cette possibilité offerte d’une lecture et d’une écoute conjointes de Mozart. Car ici c’est surtout Mozart l’artiste, quand E.-E.S.est là pour nous ouvrir quelques portes, nous donner quelques clefs de lecture et nous inviter à une découverte plus complète de l’œuvre du musicien en toute liberté.
Mais peut-on s’accorder à dire comme François Busnel (mais à propos d’un autre ouvrage) dans Lire que : « Eric-Emmanuel Schmitt confirme ses qualités d'écrivain. Et se joue, une fois de plus, des genres en inventant la philosophie clandestine. » ?
Eh bien non ! en posant son œuvre à coté de celle de Mozart, E.-E.S. ne peut que provoquer la comparaison et ici la légèreté, le souffle clandestin ne se trouvent pas chez l’écrivain mais bien chez le musicien ! Quelle idée aussi de profiter de cet opus pour régler quelques comptes, quelle idée de vouloir absolument trouver une réponse musicale pour un événement de sa vie ! Soit, pour la révélation à 15 ans que la vie mérite d’être vécue si des choses aussi belles que les noces de Figaro existent mais bon, un morceau de Mozart à chaque tournant de sa vie, difficile d’y adhérer ! Et pourtant l’idée était intéressante, alors est-ce de s’être un peu trop détourné de la fiction dans cet ouvrage, d’avoir oublié le côté universel de l’écriture ou tout simplement d’être passé à côté de ce qu’il affirme : « En art la solution c’est toujours le génie » ?
2
Mystère.

1 Ma vie avec Mozart, p89
2 Ma vie avec Mozart, p101