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21 décembre 2006

Panthurlements et gesticulations

Les grands singes -- Roman de Will Self
Traduit par Francis Kerline
Editions de l'Olivier
ISBN: 2879291518

 

J'avais fait connaissance avec cet auteur à l'occasion de la lecture de la théorie quantitative de la démence, savoureux recueil de nouvelles, jouant sur la frontière entre l'absurde et le rêve, le normal et l'anormal, et sur la notion (très relative) de folie. C'était bien écrit, très fluide, et, ce qui ne gâche rien, très drôle.

 

C'est donc avec espoir et crainte que je me suis emparée de ce roman à la fois burlesque et déjanté.

 

Pour bien saisir le contenu, il faut bien savoir quel genre de personnage est Will Self. Décrit dans fluctuat.net comme, je cite, "l'enfant terrible des lettres anglaises", le personnage fait partie intégrante du paysage du roman d'anticipation sociale, au côté, par exemple, de Douglas Coupland (cf. not. Girl friend dans le coma, dont j'ai déjà eu l'occasion de  parler).

 

Dans ce roman, Will self est moins ennuyeux qu'Huxley (ici et ) mais aussi moins subtil que l'inénarrable David lodge. D'ailleurs l'éditeur cite au sujet de l'auteur "Will Self est, selon Martin Amis, le résultat d'un croisement entre " un J-G Ballard maniaque et un David Lodge dépressif "".

 

L'histoire est la suivante:
Après une débauche nocturne plutôt banale (alcool, sexe et cocaïne), l'artiste peinte Simon Dykes se réveille ... dans ce qu'il croit au départ être un cauchemard: la planète est dominée par les chimpanzés, les hommes occupent un échelon inférieur dans la chaîne de l'évolution et il est persuadé d'avoir sombré soit dans la folie, soit dans un mauvais remake inversé de la planète des singes.

 

Hospitalisé en psychiatrie d'urgence, il va se faire aider par l'éminent chimpanzé Zack Busner (que l'on retrouve dans la théorie quantitative de la démence) afin de reconquérir sa "chimpanité" et sa mémoire.

 

C'est plutôt original et il y a des passages assez drôles, parfois assez corrosifs.

 

Mais je n'irai pas jusqu'à dire, comme sur fluctuat précité, que "Self a mis tout le monde à genoux avec "Les Grands Singes", hautement recommandable et qui s'inscrit dans la "grande tradition européenne", il dit, "des apes fantasies"."

 

La multitude des néologismes afin de rendre "crédible" la prédominance du mode de vie chimpanesque est vite lassante, ainsi que la prolifération des détails lubriques et scatos (ça copule à tout bout de champ, c'est coprophile et j'en passe) qui, sur ce point, me fait plutôt souscrire, en le nuançant, au point de vue de D.Boratav sur chronic'art:"L'abondance des détails scatologiques ne sauve pas une histoire pauvre, peu soignée et sans grande signification philosophique".

 

Si vous ne connaissez pas encore Will Self et souhaitez le découvrir, optez plutôt pour "la théorie quantitative de la démence".

Posté par bunee à 08:58 - SELF - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


13 décembre 2006

Prix Goncourt 1933

La condition humaine

André Malraux

Editions Gallimard 1946

338 pages

ISBN : 2070360016

Il en va pour les livres comme pour le reste, ils se démodent. C'est particulièrement frappant avec ce roman qui retrace un moment de la révolution chinoise. Difficile, à moins d'être versé dans l'histoire moderne,  de saisir tous les tenants et aboutissants de cette période troublée. Difficile aussi de s'enflammer avec les protagonistes pour ou contre l'Indochine française, bref, difficile de se replonger dans le contexte. Reste que si les évènements sont dépassés, l'humain reste humain, les sentiments, les émotions qui l'animent changent peu. "La condition humaine. Autrement dit, un certain paradoxe : une vanité et une grandeur, une dignité et une humiliation" [1]. Et Malraux n'a pas son pareil pour décrire non seulement un moment de l'Histoire, mais aussi l'histoire des petites gens, les Kyo, Tchen, Katow, May, combattants communistes, animés d'une foi inébranlable en leur croyance en un monde meilleur. Mario Heimburger a vu juste : "les personnages de Malraux ne discutent pas de leurs croyances, [...]. Leur décision est personnelle"[1] ; quant aux personnages plus louches du roman, les Ferral et Clappique aux motivations moins nobles, ils n'en sont pas moins humains dans leur âpreté au gain, dans leurs leurs bassesses et leurs jalousies.

Reste aussi et surtout l'écriture de Malraux, belle, élégante, précise, imagée, parfaite, ce que Mario nomme :"le style, le niveau littéraire". Si je dois avouer avoir survolé des passages obscurs relatifs à l'organisation du soulèvement et à la stratégie des révolutionnaires, j'en ai goûté d'autres sans retenue :  le début, où Tchen doit tuer un trafiquant d'armes, ou vers la fin, lorsque Katow cède son cyanure à ses frères d'armes, quelle poésie dans la description, quelle force dans les mots, quelle puissance d'évocation. Ecoutez plutôt :  " ... un corps moins visible qu'une ombre, et d'où sortait seulement ce pied à demi incliné par le sommeil, vivant quand même- de la chair d'homme." (p.9) ; et encore, p.10  "Ce pied vivait comme un animal endormi. Terminait-il un corps ? (...) Il fallait voir ce corps. Le voir, voir cette tête, pour cela, entrer dans la lumière, laisser passer sur le lit son ombre trapue. Quelle était la résistance de la chair ? " ; et finalement, ces lignes inoubliables sur l'exécution de Katow, p.310 : " Toute l'obscurité de la salle était vivante, et le suivait du regard pas à pas. Le silence était devenu tel que le sol résonnait chaque fois qu'il le touchait lourdement du pied ; toutes les têtes, battant de haut en bas, suivaient le rythme de sa marche, avec amour, avec effroi, avec résignation, comme si, malgré les mouvements semblables, chacun se fût dévoilé en suivant ce départ cahotant. Tous restèrent la tête levée : la porte se refermait. Un bruit de respirations profondes, le même que celui du sommeil, commença à monter du sol : respirant par le nez, les mâchoires collées par l'angoisse, immobiles maintenant, tous ceux qui n'étaient pas encore morts attendaient le sifflet." Frissons...

... Et la satisfaction de pouvoir affirmer "Il m’a fallu des années pour [..] me plonger dans ce livre, mais je n’ai pas à le regretter aujourd’hui." [1]

Source :

[1] http://www.livres-online.com/La-Condition-Humaine.html

Posté par ethiopia à 18:52 - MALRAUX - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 décembre 2006

Un si tendre abandon

Jean-Pierre Guyomard

Editions Anne Carrière 2006

ISBN : 2-84337-413-8
Nombre de pages : 250
Prix : 17€

De si gros sabots

Il est certains livres qu'on referme en pensant qu'on aimerait bien en rencontrer l'auteur, échanger avec lui des idées, et en savoir plus sur sa personnalité. Puis il en est d'autres qui suscitent la réaction contraire, la lecture provoquant une sorte d'antipathie épidermique et peut-être définitive pour l'auteur. C''est le cas avec ce roman.

Si l'écriture en est fluide et le récit digne d'intérêt- un père décide de partir, sans prévenir, "sans laisser d'adresse", abandonnant à leur sort sa deuxième femme et ses enfants-, l'histoire démérite par ses trop nombreux clichés : que ce soit le milieu bourgeois dans lequel les personnages évoluent avec une espèce d'auto-satisfaction énervante ; que ce soit cette notion de fratrie cocon où chacun veille amoureusement sur l'autre, "amour unissant une fratrie, de liens encore plus forts "; ou bien encore l'attitude de sainte pas toujours nitouche de la mère qui par la magie des mots de l'éditeur devient, "une femme qui fait face et qui attendra que la fratrie s'envole pour refaire sa vie"; que ce soit, pour finir, les fantasmes sexuels hautement prévisibles que l'auteur semble vivre à travers ses personnages,  tout cela, lieux communs rédhibitoires dans lesquels je suis loin de voir "des sentiments forts [qui]animent les pages de ce livre", a contribué en cours de lecture à une forme d'agacement qui ne s'est pas démentie une fois le livre terminé. Sans parler de certaines remarques misogynes que je ne pense pas délibérées, mais plutôt irréfléchies, ce qui les rend presque d'autant plus condamnables.

Bref, tout cela me laisse un goût amer. Les enfants modèles, le père vaguement subversif, les bons sentiments et un semis de remarques malvenues font que non, je n'ai pas envie d'en savoir plus sur un auteur doté d'un talent certain mais chaussé de trop gros sabots;  ça tombe bien, ceci est à ce jour le seul roman qu'il ait publié. La suite peut attendre.

Source (la seule que j'aie trouvée):

http://www.anne-carriere.fr/

Posté par ethiopia à 19:40 - GUYOMARD - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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