Les grands singes -- Roman de Will Self
Traduit par Francis Kerline
Editions de l'Olivier
ISBN: 2879291518

 

J'avais fait connaissance avec cet auteur à l'occasion de la lecture de la théorie quantitative de la démence, savoureux recueil de nouvelles, jouant sur la frontière entre l'absurde et le rêve, le normal et l'anormal, et sur la notion (très relative) de folie. C'était bien écrit, très fluide, et, ce qui ne gâche rien, très drôle.

 

C'est donc avec espoir et crainte que je me suis emparée de ce roman à la fois burlesque et déjanté.

 

Pour bien saisir le contenu, il faut bien savoir quel genre de personnage est Will Self. Décrit dans fluctuat.net comme, je cite, "l'enfant terrible des lettres anglaises", le personnage fait partie intégrante du paysage du roman d'anticipation sociale, au côté, par exemple, de Douglas Coupland (cf. not. Girl friend dans le coma, dont j'ai déjà eu l'occasion de  parler).

 

Dans ce roman, Will self est moins ennuyeux qu'Huxley (ici et ) mais aussi moins subtil que l'inénarrable David lodge. D'ailleurs l'éditeur cite au sujet de l'auteur "Will Self est, selon Martin Amis, le résultat d'un croisement entre " un J-G Ballard maniaque et un David Lodge dépressif "".

 

L'histoire est la suivante:
Après une débauche nocturne plutôt banale (alcool, sexe et cocaïne), l'artiste peinte Simon Dykes se réveille ... dans ce qu'il croit au départ être un cauchemard: la planète est dominée par les chimpanzés, les hommes occupent un échelon inférieur dans la chaîne de l'évolution et il est persuadé d'avoir sombré soit dans la folie, soit dans un mauvais remake inversé de la planète des singes.

 

Hospitalisé en psychiatrie d'urgence, il va se faire aider par l'éminent chimpanzé Zack Busner (que l'on retrouve dans la théorie quantitative de la démence) afin de reconquérir sa "chimpanité" et sa mémoire.

 

C'est plutôt original et il y a des passages assez drôles, parfois assez corrosifs.

 

Mais je n'irai pas jusqu'à dire, comme sur fluctuat précité, que "Self a mis tout le monde à genoux avec "Les Grands Singes", hautement recommandable et qui s'inscrit dans la "grande tradition européenne", il dit, "des apes fantasies"."

 

La multitude des néologismes afin de rendre "crédible" la prédominance du mode de vie chimpanesque est vite lassante, ainsi que la prolifération des détails lubriques et scatos (ça copule à tout bout de champ, c'est coprophile et j'en passe) qui, sur ce point, me fait plutôt souscrire, en le nuançant, au point de vue de D.Boratav sur chronic'art:"L'abondance des détails scatologiques ne sauve pas une histoire pauvre, peu soignée et sans grande signification philosophique".

 

Si vous ne connaissez pas encore Will Self et souhaitez le découvrir, optez plutôt pour "la théorie quantitative de la démence".