Un heureux événement

Aliette Abécassis

Albin Michel 2005

ISBN 2744192155

206 pages

Eliette Abecassis a du courage ; le courage de dire dans ce livre ce que trop de femmes ne trouvent "pas forcément bon d'avouer" [2] ; le courage aussi de pointer du doigt les fautifs de cet état de faits, c'est à dire Freud, Dolto, Winicott... Et cet état de fait, c'est quoi ? Eh bien, c'est la maternité, la "maternitude" comme le dit si joliment l'auteure, avec son cortège de découvertes inattendues et de difficultés parfois insurmontables.

Barbara, la narratrice, n'a pas vraiment réalisé ce que devenir mère pouvait impliquer pour son couple, "La naissance d'un enfant est un tel bouleversement " [2]. Elle raconte au fil des pages la perte d'identité, la perte de repères, le bouleversement du couple, l'instinct maternel pas inné, les nuits blanches, la fatigue, la culpabilité, les petites joies aussi, vite submergées par les nuits blanches, la fatigue, la culpabilité, etc, etc. On tourne en rond au coeur d' " un face-à-face troublant et aliénant avec ce petit bébé" [2].

Ce que j'ai lu des positions d'autres lectrices est révélateur de l'encre très noire que Abécassis a fait couler- "une sacrée polémique " [1]-, en s'attelant à décrire, à travers l'expérience de Barbara, ce "bouleversement" [2] inouï qu'est la venue d'un enfant.

Parmi les réactions observées, celle qui consiste à reprocher au récit son côté exagéré, comme Sophie qui remarque : " ce livre est caricatural". [3]. On trouve aussi la cohorte de celles qui veulent rassurer : "ne croyez pas tout ce que l'on vous raconte" [2], et plus loin, cette conclusion un brin grinçante, faussement réconfortante : "tous les soirs dans cette histoire il y a un happy end, quand vous vous penchez admirative et comblée au-dessus du berceau de bébé endormi, tout s'efface" [2]. Mais dans l'ensemble, il me semble avoir surtout rencontré des commentaires dans le ton de celui  de Yza, peu encline à s'en laisser conter : "Ne crois surtout pas les femmes qui te parleront d'"horloge biologique" ou mieux encore "d'instinct maternel" " [2] ; ou encore Smop qui elève la voix pour constater avec effroi "que pour beaucoup, une femme ne peut exister qu'en accomplissant son "rôle biologique" " [3].  Et de se réjouir : "Bravo donc à Eliette Abécassis de montrer l'envers du décor et s'attaquer à un tabou ! " [3]

Je vous le disais, ce roman au titre à double tranchant a fait des vagues auprès du lectorat féminin, les quelques rares commentaires masculins que j'ai trouvés étant plutôt plus détachés, moins catégoriques, comme Lunettesnoires qui cherche à "relativiser un peu le propos" [2].

Quelle que soit les vues qu'on affiche à ce sujet, il est impossible de rester indifférent(e) au roman, on ne peut que réagir à "la violence de ces propos" [2]. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que l'auteure a choisi d'écrire le récit à la première personne, une façon de faire appel au vécu de certains lecteurs/trices : "ce n'est pas parce que la majorité des femmes enceintes ou (jeunes) mamans ne se retrouvent pas dans ce livre que les comportements décrits dans ce dernier n'existent pas..." [2]. Exactement.


Sources :

[1] http://bitwix.blogs.psychologies.com/my_life_with_me/2005/09/amer_constat.html

[3] http://lecturesdesophie.blogs.psychologies.com/mon_weblog/2005/10/un_heureux_vnem.html