Francois Bégaudeau – Entre les murs

Gallimart / Verticales

ISBN 2070776913

Vous avez très certainement entendu parler de ce livre, qui a été déjà lu et critiqué à de nombreuses reprises (Un petit tour sur votre moteur de recherche saura vous en convaincre).

Que dire de l'oeuvre, que certains comme Daniel Martin (http://livres.lexpress.fr/critique.asp/idC=11119/idR=12/idG=8) vont jusqu'à qualifier de "Bijou littéraire et documentaire" ou encore de "grand bouquin" ?

Beaucoup plus raisonnable et tempéré dans son propos, Dave-Jay (http://www.dave-jay.com/spip.php?article749) décrit les choses de façon plus crédible: C’est avec un étrange sentiment de lassitude que j’aie lu de bout en bout l’ouvrage de François Bégaudeau - Entre les murs. Lassitude, car les moments décrits sont tellement répétitifs que l’on se prend à croire que l’auteur est un maître du copié-collé sur traitement texte. Mais je crois qu’il n’en est rien et que l’effet est tout à fait voulu.

Ici Bégaudeau incarne un prof de Français dans un collège plutôt "difficile", pour reprendre le terme consacré.

Il passe ainsi à la loupe toutes les thématiques au final très classiques: motivation en berne des profs, inefficacité administrative, personnalité et désert culturel des élèves, incompréhension réciproque et tension sociale, problèmes d'intégration etc etc.

L'auteur, se proclame au-delà des poncifs qui sont nombreux dans les livres parlant de l'Ecole (voir son opinion sur le genre ici: http://www.editions-verticales.com/auteurs_interview.php?rubrique=4&idcontenu=16 )

Et il est d’ailleurs sympathique, à ce niveau, de lire un style autre que amer et larmoyant (du type Ecole, antichambre de l'exclusion sociale). C'est une narration lucide et parfois enjouée, avec des techniques qui rendent l'écriture originale et attractive ( voir à ce sujet l'opinion de Melancholia sur Lune d'Encre : il renferme nombre d'idées stylistiques très intéressantes, comme par exemple la répétition de phrases identiques à intervalles réguliers tout au long du récit pour symboliser la succession de jours qui se ressemblent et l'ennui qui en découle. Il y a ainsi une foule de petits détails qui procurent à ce livre une véritable originalité. http://www.lunedencre.com/%7Elunedenc/le_fauteuil_club/index.php/2006/07/06/53-entre-les-murs-francois-begaudeau )

Donc agréable à lire, certes. Mais bien loin de l'incontournable.

Prix france culture - télérama 2006 ou pas, battage médiatique ou non, je persiste à trouver l'oeuvre assez ordinaire, et presque ennuyeuse sur le fond (presque, grâce aux aspects de forme ci-dessus évoqués qui tendent à compenser): Pas d'analyse particulière, pas de dynamique autre que du pur descriptif.

J'ai donc « failli m’ennuyer », mais il faut admettre que l'humour du style a atténué cette impression (par exemple sa façon de désigner les élèves par les vêtements qu'ils portent et qui donne une étrange impression de dépersonnalisation - l'élève sans visage et interchangeable).

Entre les murs, on tourne donc en rond et on ronronne: la routine (terme employé par l'auteur même dans cette interview : http://www.sgen-cfdt.org/actu/article.php3?id_article=1023 ) suinte du réel vers l'écriture elle-même. En résumé: je suis assez sceptique (« entre deux chaises » si j’ose dire) devant le phénomène collectif (j'allais dire hystérie mais je pense que c'est trop négatif) qu'il y a autour de l'oeuvre.

Donc si quelqu'un qui-a-lu-et-adôôôré Entre les murs pouvait m'expliquer pourquoi on crie quasi unanimement au génie (cf. entre autre Eric Fouquet qui parle d'humour délirant, d'art exquis, et carrément d'exploit littéraire http://www.chronicart.com/livres/livres_fictions.php3?id=9871 ) là où je ne vois qu'un truc sympa-et-drôle-mais-sans-plus, ceci m'intéresserait.

« Je m'excuse mais moi, rire comme ça en public, c'est c'que j'appelle une attitude de pétasses. »

Elles ont explosé en choeur.

« C'est bon, on est pas des pétasses.

- Ça se fait pas de dire ça, m'sieur.

J'ai pas dit que vous étiez des pétasses, j'ai dit que sur ce coup-là vous aviez eu une attitude de pétasses.

- C'est bon, c'est pas la peine de nous traiter.

- Ça s'fait pas m'sieur d'nous traiter.

- On dit pas traiter, on dit insulter.

- C'est pas la peine de nous insulter de pétasses. »

Extrait de l'oeuvre (cité ici: http://www.lepoint.fr/litterature/document.html?did=174639)