American Vertigo

Bernard-Henri Lévy

Grasset 2006

ISBN 2246683912

495 pages

Nul ne déchaîne les passions comme Bernard-Henri Lévy ; entre les inconditionnels et les détracteurs, le "Superman français" [1] ne laisse personne indifférent, et la chose se vérifie de nouveau avec cet American Vertigo, journal de bord d'un petite année de voyage à travers les USA "in the footsteps of Tocqueville" [3] dans le but avoué d'interviewer les ténors de la scène politique américaine ainsi que quelques plus humbles et rares "anonymes" [2].

On a reproché maintes choses à Lévy à propos de ce livre ; on a trouvé que l'auteur, et bien qu'il se soit inspiré du périple de celui-ci 173 ans auparavant, "n’atteint jamais les sommets de Tocqueville" [1] ou encore qu'il " ne semble pas chausser la même pointure que Tocqueville"[1] ; ensuite, comme souvent, et tout simplement, on ne l'a pas aimé, lui, ce "prétentieux adepte du name-dropping et exhibitionniste éhonté" [1] ; et finalement et surtout, on lui en a voulu à propos de "Ses choix concernant les lieux à visiter et les personnes à rencontrer [qui] manquent cruellement de discernement" [1]. C'est vrai qu'il ne s'est pas vraiment frotté aux pauvres du pays, aux délinquants, aux junkies ou aux forçats des prisons qu'il a visitées ; il a préféré la compagnie de Hillary Clinton ou de Richard Perle, même s'il lui est arrivé, un peu, parfois, d'échanger quelques mots avec, par ci par là, avec une serveuse de restaurant, la copine d'une SDF, un policier, quelques petites gens, de ceux qui font l'Amérique profonde....

Ceci dit, le récit du voyage à proprement parler est distrayant, bien qu'il ne livre rien de très novateur sur le thème. Lévy écrit bien, il a " l'oeil du romancier" [2] et le texte se lit avec facilité. Je ne suis cependant pas ressortie de ces 500 pages avec quoi que ce soit de nouveau à me mettre sous la dent sinon la conviction que l'auteur est partisan, il tient absolument à prouver que l'Amérique est une démocracie, pas fondamentaliste, pas impérialiste. Je n'ai pas, comme certains, fait l'expérience à la lecture du récit de "quelques moments forts" [2], c'est plutôt le sentiment qu' "il passe beaucoup trop de temps à nous dire des choses que nous savons déjà." [1] qui domine. Et puis, cette fâcheuse tendance à faire une généralité de un ou 2 pauvres exemples choisis pour étayer sa démonstration !  Il les trouve peut-être parlants lui, ces exemples, mais ils n'ont pas convaincu la lectrice ignare que je suis, digne représentante de l'anti-américanisme primaire français que Lévy s'empresse de fustiger dès le début du livre... J'ai aussi trouvé un peu fort qu'il s'autorise constamment à poser sinon "de vraies questions" [2], des questions quand même, puis qu'il "passe son chemin avant d'avoir trouvé la réponse" [2], pour finir par ces " 71 pages de réflexions" [1] de la fin dont je suis bien d'accord pour affirmer qu'elles "représentent un tour de force de langue de bois incompréhensible" [1].

Peut-être est-il utile de préciser que ce voyage est l'idée du magazine Atlantic Monthly qui en a sérialisé les diverses étapes. Ceci explique peut-être alors que notre "célébrité-philosophe" [1] ait préféré rester dans les limites du consensuel et caresser l'Amérique dans le sens du poil, une belle démonstration de ce que Le Nouvel Observateur qualifie de "sympathie huileuse et condescendante". [1}

Petit coup de griffe final : sans aller jusqu'à affirmer comme certain journaliste américain que Lévy n'est qu'un " beau parleur" [1], je n'en reste pas moins d'accord pour joindre ma voix à celle de Guillermo lorsqu'il déclare que "BHL [...] is not a man particularly encumbered by modesty" [3].

Sources utilisées :

[1] http://www.arenes.fr/livres/page-livre2.php?numero_livre=132&num_page=721

[2] http://www.blogg.org/blog-43622-date-2006-06-12-billet-371777.html#comments

[3] http://www.radical-chic.com/index.php?2006/01/23/351-american-wankr

Autres sources :

http://www.zazieweb.fr/site/fichelivre.php?num=14181

http://www.critiqueslibres.com/i.php/search/?x=american+vertigo&livreok=1&auteurok=1&userok=1&sujetok=1

Extrait :

p. 384 : " qui sommes-nous, de nouveau ? que diable nous arrive-t-il ? qu'en est-il, en ces temps irakiens, de notre "destinée manifeste" ? de notre "exceptionnalisme" ? du message des Pères pèlerins ? de la mission des Pères fondateurs ? qu'en est-il de notre innocence ? de notre pureté perdue ? que de livres ! que de livres ! rarement pays se sera si anxieusement interrogé sur sa crise et son destin ; rares sont les nations en proie à un tel tournis, une telle ivresse, identitaires..."