L’ange bête 

Simon Blugrass

Editions Hurluber 

Collection "La vie, c'est pas du roman" 

521 pages 

C'est un Ange bête qui vient poursuivre, après un volume qu’on ne peut donc plus qualifier de "second", l’histoire de Une année ; dernier pavé de bonnes intentions d’une série qu’on aimerait maintenant pouvoir qualifier avec certitude de trilogie.

De ce point cependant, l’avenir seul décidera ; car dans ce livre, personne ne meurt : Izor et Mina Mirs, affadis par les pages, sont épargnés par les ans. L’éternel problème, chez Blugrass, c’est que les femmes ont systématiquement le sein "généreux" (et les seins "blancs", d’ailleurs), les hommes des barbes "de deux jours" – et ce, vingt ans encore après le début de l’intrigue. 

Mais le plus intriguant reste un mystère autrement plus important, sauf à s’en référer à la trinité : celui, en soi, de ce troisième volume, alors que la mort d’Edouard, fils unique des Mirs, et l’emprisonnement d’Ernest pour homicide, à la fin du deuxième tome, étaient tout simplement la fin idéale. Cette explication de texte des épisodes précédents, sur le thème : "où l’on apprend que ce sont des innocents qui vont en prison" donne l’impression fâcheuse d’une "dernière cartouche, d’une dernière tentative de faire pondre la poule aux œufs d’or à grands coups de dextrose", écrit Moschi Schwartz dans l’Idiot de service, en évoquant l’adaptation télévisée de Une année (50 épisodes à ce jour, 25 autres à venir et un contrat d’exploitation déjà signé avec Jeremy Monroe). 

La T.V. ? Telle serait pourtant une dernière chance de salut. Car malgré un passage désopilant, page 72 ("J’étais en train de sortir le couteau à pain du tiroir ; Mina me demanda si je voulais la tuer"), cet Ange fait s’envoler au loin tout espoir de rasage - des barbes seules, évidemment. C’est sans doute qu’il lui a fallu au moins mériter son nom.

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L'idiot de service, Eté 2006, p. 32, rubrique Nouveautés par Moschi Schwartz.