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(lu sur le lu)

06 juillet 2006

La reine hexagonale ?

UN PEU PLUS LOIN SUR LA DROITE

Fred Vargas

Editions Viviane Hamy 1996, 254 pages

ISBN : 2290304557

Je ne suis normalement pas une grande lectrice de polars mais il me fallait essayer Fred Vargas, on m'avait tellement chanté les louanges de cette "romancière à la voix unique dans le polar d’aujourd’hui." [1]. J'ai donc lu le premier roman qui m'est tombé sous la main et peut-être, si j'en crois mes recherches subséquentes, n'est-il pas typique du travail habituel de l'auteure puisque si on y retrouve certains "personnages récurrents" [5], il y manque en revanche l'incontournable, semble-t-il, "commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, flic contemplatif et un brin tourmenté" [2] .

La trame, originale à mes yeux de quasi-novice -un bout d'os qui se révèle être une phalange humaine déféqué par un chien citadin un jour par semaine et Breton rural le reste du temps- m'a plu. Il paraît d'ailleurs que généralement chez Vargas les " intrigues [, elles] évitent les habituelles "références américaines" et les tueurs en série (une exception)" [3]. Un bon point donc.

Les personnages aussi m'ont plu, ils sont, pour certains du moins, originaux, un rien déjantés, "anarchistes" [1], "lunaires" [1], "savants" [1], "tous plus attachants les uns que les autres" [3].

La fin, dont je n'irais pas jusqu'à dire qu'elle est la conclusion d'une "enquête superbement bâtie", [4] ne m'a pas emballée ni surprise mais vaut la peine qu'on y arrive.

Ce à quoi je n'ai pas trop accroché c'est le style, cette espèce de ton familier du discours oral, ce genre d'humour faussement truculent, vaguement bonhomme, tout cela qui me gêne lorsque je m'aventure à lire un policier. Et là je prends position contre les excès de Jeanne Guyon dans Le Magazine Littéraire qui trouve dans le style de Vargas  "cette liberté de ton, cette capacité à retrouver la grâce fragile de nos émotions primordiales, cette alchimie verbale qui secoue la pesanteur du réel." [1], tout comme je trouve prétentieux et erroné de parler à son propos de "la musique de l’écriture " [2]

Et F. Vargas n'est pas seule en faute ; les quelques lectures de polars que j'ai pu faire m'ont généralement laissé l'impression dérangeante que leurs auteurs cherchent à créer une complicité factice et facile avec le lecteur à travers un vocabulaire appauvri, une espèce de style bon enfant peut-être finalement nécessaire à créer une atmosphère propice qui pour certains prendrait chez Vargas la forme d'un "univers poétique" [3] .

Il n'est pas mon intention ici de faire le procès des polars, je n'ai aucune expertise en la matière. Je ne fais que me livrer à une réflexion provoquée par celle dont il semble bien qu'est est la reine actuelle du genre, "Fred Vargas, un des auteurs les plus en vogue aujourd’hui dans l’Hexagone"  [2]. Et que je ne rechignerai pas à lire de nouveau, le cas échéant....

Sources utilisées :

[1] http://www.viviane-hamy.fr/fiche-auteur.asp?A=2&lapage2=4&Collection=&Thematique=

[2] http://www.polars.org/article49.html

[3] http://polarnoir.neuf.fr/Vargas/Vargas_accueil.htm 

[4] http://www.amazon.fr/exec/obidos/tg/detail/-/books/2290304557/reviews/ref=cm_rev_more_2/171-8398594-7950645

Autres sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fred_Vargas

Posté par ethiopia à 17:05 - VARGAS - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 juillet 2006

Arirang, arirang, arario

Une averse

Kim Yu-Gong traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noel Juttet

 

Zulma, Dilecta, août 2005, 148 pages

ISBN 2-84304-314-X


Ce recueil de nouvelles, d'une écriture attachante, poétique, vive, contrastée comme le souligne Aussenac, se caractérise selon ce dernier par Un style résolument moderne.


Résolument moderne, je n'irais peut-être pas jusque là, mais il est vrai que la lecture des neuf nouvelles laisse difficilement croire que l'auteur est un écrivain du début du XXème siècle.


Celui-ci nous peint d'une façon à la fois triste, cruelle et tendre, l'univers des paysans coréens des années trente, où dominent La rudesse d'une vie fruste soumise aux aléas du ciel, la violence des maris, la perfidie des épouses (Menestret), envisagée avec comme support le couple, cette désastreuse entreprise.


La misère grouille et dévore les êtres qui s'efforcent d'aspirer vainement à une vie meilleure. Les paysans se saoulent et battent leur femmes, les femmes volent, mentent et se soumettent...
Parfois au coin d'une page ressurgit un regret, une tendresse, un sourire ... qui ne font présager que chagrin et desespoir.


Ils ne devraient plus oser croire, mais pourtant ils espèrent.

Le bonheur ne semble réservé qu'aux riches.


Une averse
nous montre un homme voulant à tout prix, pour gagner au jeu et monter à Seoul, que sa femme lui trouve deux Won et cherchant à ignorer _ sans vraiment y parvenir _ les moyens par lesquels elle parviendra à les lui obtenir.


Automne nous narre une vague arnaque où la femme qui est vendue l'équivalent d'un boeuf s'enfuit de chez l'acquéreur pour rejoindre son époux initial.


Les camélias évoquent la naissance féroce d'une idylle amoureuse entre deux jeunes qui ne cessent de se chamailler par coqs interposés.


La marmite raconte comment un homme qui rêve de s'échapper avec sa maîtresse dépouille sa propre femme mais rentre chez lui la queue basse et un mensonge aux lèvres


C'est l'printemps! figure un éternel potentiel beau père exploitant autant que possibble chacun des prétendants qui convoiterait l'une de ses filles


Ma femme met en scène un paysan qui, pour gagner plus et en dépit de la laideur de sa femme, lui apprend à chanter pour devenir une bonne marchande d'alcool


l'Amour conjugal apprend au lecteur combien l'argent, quand il y en a, est réputé arranger les choses entre les épouses légitimes et les maîtresses entretenues par les époux indélicats


La vagabonde, c'est l'histoire d'une confiance trahie par la nuit et par le vol


Ces nouvelles, toutes émaillées de pluie ou de neige, se caractérisent par un accent sombre où la désillusion sanctionne le moindre rêve que les paysans peuvent élaborer entre brumes éthyliques et rudesse des travaux des champs.


La dernière, canicule, se distingue non seulement par le manque d'eau mais également parceque c'est celle qui est par essence dramatique.


Comme le précise d'ailleurs l'article de P.Menestret, Il n’y a que face à la mort que les personnages se résignent, acceptent le destin tragique de la condition d’homme, car, en fait, jamais les rapports violents qui s’exaspèrent entre les personnages au fur et à mesure que l’histoire avance, ne débouchent sur une fin dramatique. Le soufflé retombe, on se réconcilie subitement juste au moment où on allait commettre l’irréversible. Nous sommes dans la farce et non dans le tragique. L’homme passe de la violence à la tendresse envers sa femme comme le ciel passe de l’orage au soleil. Les catastrophes naturelles comme le meurtre sont des exceptions. L’instinct de survie et la débrouille reprennent leurs droits.


J'ai personnellement beaucoup aimé.

Courte citation

   

Personne n'ignorait qu'il était capable de choisir les cartes gagnantes les yeux fermés. Il se réjouissait à l'idée qu'il allait se précipiter là bas où on jouait, et qu'il allait rafler toutes les mises. Il se sentait fier de son habile savoir-faire.

   

-Tu y as jamais été, à Séoul?

   

Fier d'y être allé une fois, et afin de souligner sa question, il secoua le bras sur lequel reposait la tête de sa femme. De nature impatiente, il aurait aimé préparer leur départ sur-le-champ. Mais quelque chose l'ennuyait: c'est que celle qu'il avait épousée, en vraie fille de la campagne, allait avoir du mal à s'adpter là-bas et risquait bien de se faire montrer du doigt. d'où la nécessité de lui donner des leçons de maintien sur plusieurs chapitres.

   

Il fallait, d'abord, qu'elle fasse attention à son patois. Les paysans montés à Séoul de faisait moquer à cause de leur accent. On les traitait de péquenots. Il ne fallait pas dire "faisez" mais "faites", etc., ni accentuer lourdement la fin des phrases. Dans la rue, si elle avait l'air d'hésiter, ça voudrait dire qu'elle venait de la campagne: alors, elle devait marcher vite, regarder droit devant elle, ne pas laisser traîner ses regards ...

   

Elle répondait "Oui oui", d'une voix d'oisillon, à chacun de ces impérieux préceptes. Pendant plus de deux heures, il discourut de la sorte, attirant son attention sur mille choses, sur les moeurs de Séoul, sur les usages à respecter, tels que lui les concevait.


   

Critiques:

Article de D. Aussenac

Article de P. Menestret

Posté par bunee à 14:19 - YU-GONG - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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