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(lu sur le lu)

14 juillet 2006

Un face-à-face qui ne s'efface pas.

Joachim Bülbacker

Duel à l'ombre froide

Éditions Hurluber

Collection « La vie, c'est pas du roman ».

328 pages, 2006.

 

Il n'est pas toujours facile d'être romancier, surtout quand le sort, ironique, vous attribue le personnage le plus antipathique qui soit, et ceci à cause de deux raisons: il est unique et ne fait que répondre par « oui » ou par « non ».

Exemple accablant, page 14:

« Les rayons du soleil jouaient à saute-mouton avec les bulles de ma limonade quand je lui demandai, à brûle-pourpoint et avec un revolver dans la voix:
- Qu'avez-vous fait de votre vie?

- Non.

- Non?!

- Non!!! »

Autre exemple ébaubissant, page 17:

« Je l'avais coincé dans un coin et là, d'homme à homme, je l'interrogeais sur la couleur de l'orange que je portais à bout de paume devant ses yeux d'un bleu nucléaire:
- De quelle couleur est-elle?

- Ooooooooooooooo...
- Orrrrrrrrrrrrrrr?
- Non... Ouuuuuuuuuuu...
- Ouuuuuurange?
- Oui!
»
Ce jour-là, de par ma colère, une mouche fut massacrée par un agrume, et le mur pleure encore de s'en souvenir ».

Vous l'aurez notifié, ce roman où la fiction se chamaille avec la réalité est un huis-clos poisseux et glauque, voire bien plus poisseux et glauque encore.

Oui, comme le surligne très justement Marc Cartinoto dans LF du 18 juin 2006, de sa belle plume toujours aussi acérée bien que légèrement oxydée, « Bülbacker ne peut que subir le cynisme éhonté de son personnage principal, son outrecuidance, son omniprésence, son omnipotence et enfin son omnipuissance. Doit-on rappeler que Büllbacker n'est armé que de sa seule âme? » Non! « Peut-on ne pas compatir à ce frêle et farouche roseau qui lutte seul contre l'inondation de violence qui submerge son cœur noyé dans ses racines enterrées dans les profondeurs obscures et subliminales? » Non!!!

De toute façon il faut malheureusement revenir à ce roman avant que la fin ne se termine, donc, pour résumer, je dirais que dans ce dernier opus magnificus de Bülbacker, on assiste, affligé, à la rapide détérioration mentale et nerveuse de l'auteur, qui, après les vains espoirs et les maintes chimères de la méthode douce et psychologique (jamais il ne parvient à se perdre dans tous ses rayons, prenant ici ou là avec joie, sautillant, emportant, cachant, volant, etc.), qui, après la rage désespérée, l'emploi de méthodes non conventionnelles et brutalisantes pour débloquer le verbe salvateur de SON personnage – entre nous soit dit, Bülbacker est contraint de recourir à l'insulte, de s'abaisser à l'invective, bien qu'il en profite pour nous montrer, là aussi, les forêts fécondes de son talent-, après... Après... À vous de lire la suite, mais je ne peux que vous dire une chose: si votre sang n'est pas glacé, il sera congelé.

Une petite note de rêve, pour finir, car peut-être n'est-il pas sot d'imaginer que dans son opus nextus, Bülbacker aura la chance et le plaisir de rencontrer au moins deux personnages...



 

Lien:

Critique de Marc Cartinoto, LF du 18 juin 2006.

Posté par septembravec à 15:13 - BÜLBACKER. - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

oui et non

Deux personnages qui pourraient être l'un la déjà célèbre et contrariante "poupée qui fait non", et l'autre le sentencieux lutin "oui-oui". Il pourrait s'agir d'un livre pour enfants, au royaume de l'imagination, les jouets sont rois, oui ou non ?

Posté par ethiopia, 14 juillet 2006 à 18:26

Non. La collection pour enfants s'appelle "La vie, c'est du gâteau".

Posté par Bülbackerien, 14 juillet 2006 à 19:23

Ah oui !

Posté par ethiopia, 14 juillet 2006 à 19:32

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