Plusieurs fois par moi

Raphaële Vidaling

Editions Grasset (28 août 2002)
280 pages
ISBN : 2246633915

Ma troisième tentative de lecture de ce roman a été la bonne. Deux fois, je l'avais commencé, deux fois, je l'avais laissé tomber plus ou moins au même endroit, la faute à quelques longueurs initiales qui laissaient mal augurer du talent de Raphaële Vidaling, une surdouée de l'écriture. Marianne Spozio parle d'ailleurs de "pirouettes verbales" [1]

Bref, l'obstination aidant, ou bien faut-il parler de persévérance ?, j'ai passé le cap de ces pages du début où la narratrice nous explique dans le détail comment elle devient membre d'un panel de consommateurs ; passé aussi les longues descriptions de recettes culinaires très personnelles pour finalement me laisser gagner par la virtuosité avec laquelle Raphaële Vidaling manie les mots ; elle a  "La plume facile, le sens de la formule" [3]

Andréa Line, "une transposition" [1] de Raphaële Vidaling, est au chômage et partage son logement avec un colocataire dont elle ne sait rien sinon qu'il a l'art d'accommoder les restes pour cuisiner des plats divinements différents du rata quotidien, ce qui donne lieu aux longues pages déjà mentionnées sur la confection de ces plats étranges. A ce propos, noter que, non contente d'être l'auteure de ce premier roman insolite, R. Vidaling a commis un nombre appréciable de livres de cuisine [2].

Donc, Andréa qui aime affubler ses semblables de noms étranges, décide de nommer ce colocataire fantôme l'hqmn (l'homme qui me nourrit). Lorsque, en deuxième partie de roman, l'hqmn disparaît sans crier gare, Andréa le remplace par l'haqjj (l'homme avec qui je joue) en même temps qu'elle trouve un travail de nuit pour un institut de sondage auprès des consommateurs. Avec l'haqjj,  Andréa va enfin trouver quelqu'un à la hauteur de ses exigences, quelqu'un avec qui jouer à ne pas se prendre au sérieux. D'après Spozio, Andréa va aller "jusqu'à se brûler le bout des ailes à ne pas vouloir frôler de trop près l'"haqjj" (l'homme avec qui je joue), séducteur et homme à femmes". [1]. Ce sera d'ailleurs leur perte à tous les deux puisque l'haqjj s'en retournera guerroyer dans son pays d'origine laissant Andréa " joue[r] à cache-cache avec ses sentiments, aligne[r] ses (jeux de) mots comme des bulles de savon dans un kaléidoscope d'autodérision." [1]

Au-delà de l'histoire du personnage décalé de Andréa Line, de ses rapports désastreux avec les autres ( "Problème insoluble. Ses semblables sont dissemblables"  [1]), de ses péripéties facétieuses dans le monde du marketing ("elle peine à se couler dans le moule de notre société (de consommation)" [1] ), j'ai aimé dans ce premier roman l' auto-dérision partout présente d'une narratrice lucide qui connaît les limites de sa crédibilité. Opinion positive que ne partage apparemment pas la critique qui qualifie ce livre de " quête nombriliste" [3], et même de " roman [...] narcissique" [3]. Je persiste malgré tout à y voir une excellente lecture, une découverte dont je ne peux que me féliciter et que je recommande chaudement. Loin donc, du commentaire qui conclut : "Mis à part quelques jeux de mots et quelques réflexions, l'ensemble, qui relève quasiment du journal, est long et sans grand intérêt." [3]

Liens consultés :

[1] http://www.etnoka.fr/static/page/loisirs/avoir_alire/plusieurs_fois

[2] http://www.amazon.fr/exec/obidos/search-handle-url/index%3Dbooks-fr%26field-author%3DRapha%EBle%20Vidaling/171-6766943-9365068

[3] http://www.chapitre.com/frame_rec.asp?donnee_appel=MOTEUR&isbn=9782246633914

Et pour lire un extrait du roman :

http://www.edition-grasset.fr/chapitres/ch_vidaling.htm